‹ Poésies fugitives de Jacques DelilleChapitre 38 sur 45 · EPITRE A M. DE BRULE · texte numérisé non relu

EPITRE A M. DE BRULE

Perdreaux exquis , vers pleins de grâce.

Les fruits de votre veine et ceux de votre chasse

a64 POÉSIES FUGITIVES.

Dans notre humble logis arrivent à-la-foîs.

Ainsi le dieu qui d'un heureux délire Dans mes beaux ans m'anima quelquefois^ Partage avec vous son empire :

Poète , vous touchez sa lyre ; Chasseur^ vous portez son carquois.

Pour moi qui, sur les monts, dans les plaines riantes ^ Sous la fraîche épaisseur des forets ondoyantes , Promenant mes rêves chéris, Poursuis des vers, et non pas des perdrix; Qui dans les airs laissant l'oiseau rapide , Le Uèvre dans son gîte, et le cerf dans ses bois; Qui, chasseur paresseux et rimeur intrépide ,

Chaque soir reviens sous mes toits Mon portefeuille plein, ma gibecière vide.

Entre vos deux talents s'il fallait Êiire un choix , Au lieu de dépeupler ces terres giboyeuses.

De Vos festins à la gaîté si chers , Inépuisables pourvoyeuses , Fidèle au dieu du chant que dès long-temps je sers, Je l'avoûrai, pour ma Muse indigente, A vos poétiques concerts , Paimerais mieux voler quelqu'un des jolis airs Que votre Muse négligente Adresse à l'écho des déserts :

Gardez donc votre chasse, et laissez-moi vos vers.

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