‹ PoésiesChapitre 20 sur 58 · RÉVEIL · texte numérisé non relu

RÉVEIL

HJÈVEU

autre soir, chère amante, — hélas! ton cœur léger A-t-il pu l'oublier si vite ? — ma pauvre âme, Que rien depuis longtemps ne pouvait soulager, A senti doucement se rallumer sa flamme!

J'étais auprès de toi; calme, je contemplais

Ton visage divin, ta beauté de sirène,

Tes attraits enchanteurs, et je me rappelais

Tous mes maux d'autrefois, qui me quittaient à peine.

fO RÉVEIL

Je sentais peu à peu ma blessure guérir, Et la joie en mon âme avec toi refleurir!

Comme on voit, au printemps, une timide rose S'entr'ouvrir lentement aux rayons du soleil, Ainsi mon cœur ému, douce métamorphose!

Reprenait sa vigueur et sentait son réveil. Ce n'était point alors la volupté stupide, Plaisir matériel que le corps seul ressent; Ce n'était point alors cet amour insipide Qui ne dure qu'une heure et n'a rien de puissant. Non! C'était le bonheur qu'auprès d'une âme aimée Une autre âme, vraiment éprise, peut sentir; C'était la jouissance idéale, exprimée Seulement par des pleurs qui ne peuvent mentir.

Auprès de toi, mon mal s'en allait aussi vite Qu'il avait pénétré dans mon cœur amoureux... Mais bientôt il fallut terminer ma visite; Et, cessant de te voir, je cessai d'être heureux!

sonnet f i

SOC^C^ET

o u s voulons trop, pour être heureux dans cette vie, Et sombre est la réalité :

Notre incessante soif de joie et de gaîté Reste toujours inassouvie.

Par chaque homme, ici-bas, sans cesse poursuivie,

Trompeuse est la félicité.

A ceux dont le sort est meilleur et plus vanté

Gardons-nous de porter envie!

f2 SONNET

N'approfondissons rien : ceux qui semblent heureux

Bien souvent sont le plus à plaindre; Ne les envions pas! prions plutôt pour eux.

Ici-bas, il faut toujours craindre D'en trop savoir, hélas! et, pour vivre assez bien, Ne rechercher le fond de rien.

AU BAL f}

oAU VtylL

1 endant qu'autour de moi, gaîment, Aux éclats de l'orchestre on danse, Que les parents soignent leur panse, Et que l'amante tendrement

S'abandonne aux bras de l'amant, Morne et silencieux, je pense A tous ceux qui n'ont pas de chance Et qui languissent tristement;

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