‹ PoésiesChapitre 27 sur 58 · LA NEGRESSE · texte numérisé non relu

LA NEGRESSE

Et je pensais : « Hélas! elle meurt, pauvre arbuste Que l'on vient d'arracher à son doux paradis, Et qui va perdre ici sa santé si robuste, Dans nos sombres pays par le soleil maudits.

« Elle songe sans doute au sol couleur de brique, Au soleil, à l'ardeur de ses brûlants climats; Au ciel pur et joyeux de sa riante Afrique; A ses palmiers chéris, minces comme des mâts;

« Aux mâles beaux et forts de sa tribu guerrière, A leur air martial, à leur maintien puissant; A sa hutte sauvage, aux blancs tombeaux de pierre Où dorment ses aïeux, à son vieux père absent.

k Elle pense au désert, aux girafes rapides,

Aux gazelles à l'œil plaintif et langoureux,

Légères, galopant sur les sables arides,

Et qu'on ne voit qu'au loin dans le désert poudreux

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« Son souvenir s'éveille : clic croit voir encore De ses hauts caroubiers les bois toujours épais, Ses frêles mimosas, qu'un brillant soleil dore, Et ses verts cocotiers et leurs beaux fruits si frais!

« Qu'elle voudrait jeter sur ses chères campagnes Une dernière fois un amoureux regard, Prendre part aux ébats de ses noires compagnes Dansant au son rythmé du tambourin criard!

« Le cœur sombre, la mort dans l'âme, elle regrette Des calmes éléphants les lents et lourds troupeaux, Ses étoffes de soie et sa brillante aigrette, Et ses plumes d'autruche, et ses bijoux si beaux!

« Elle se voit encor, de joyaux d'or parée, Couvrant de bracelets ses bras nerveux et forts, Etalant au soleil sa robe bigarrée, Au cristal des ruisseaux allant mirer son corps.

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