‹ Poésies: Iambes et poèmesChapitre 13 sur 80 · L I 1) O LE · texte numérisé non relu

L I 1) O LE

Le Hun, le Hun stupide, à la peau sale et rance,

L'œil plein d'une basse fureur, Aux rebords des ruisseaux, devant toute la France,

Traîna le front de l'empereur.

Ah! pour celui qui porte un cœur sous la mamelle

Ce jour pèse comme un remord ; Au front de tout Français, c'est la tache éternelle

Qui ne s'en va qu'avec la mort.

J'ai vu l'invasion à l'ombre de nos marbres

Entasser ses lourds chariots ; Je l'ai vue arracher l'écorce de nos arbres

Pour la jeter à ses chevaux; J'ai vu l'homme du Nord, à la lèvre farouche,

Jusqu'au sang nous meurtrir la chair, Nous manger notre pain, et jusque dans la bouche

S'en venir respirer notre air ; J'ai vu, jeune Français, ignobles libertines,

Nos femmes, belles d'impudeur, Aux regards d'un Cosaque étaler leurs poitrines.

Et s'enivrer de son odeur :

Eh bien ! dans tous ces jours d'abaissement, de peine,

Pour tous ces outrages sans nom, Je n'ai jamais chargé qu'un être de ma haine...

Sois maudit, ô Napoléon !

34 ïambes

O Corse à cheveux plats ! que ta France était belle

Au grand soleil de messidor !

C'était une cavale indomptable et rebelle,

Sans frein d'acier ni rênes d'or; Une jument sauvage à la croupe rustique,

Fumante encor du sang des rois.

Mais fière, et d'un pied fort heurtant le sol antique.

Libre pour la première fois.

Jamais aucune main n'avait passé sur elle

Pour la flétrir et l'outrager; Jamais ses larges flancs n'avaient porté la selle

Et le harnais de l'étranger ; Tout son poil était vierge, et, belle vagabonde,

L'œil haut, la croupe en mouvement.

Sur ses jarrets dressée, elle effrayait le monde

Du bruit de son hennissement.

Tu parus, et sitôt que tu vis son allure,

Ses reins si souples et dispos.

Dompteur audacieux, tu pris sa chevelure,

Tu montas botté sur son dos.

Alors, comme elle aimait les rumeurs de la guerre,

La poudre, les tambours battants, Pour champ de course, alors tu lui donnas la terre

Et des combats pour passe-temps :

Alors, plus de repos, plus de nuits, plus de sommes ;

Toujours l'air, toujours le travail, Toujours comme du sable écraser des corps d'hommes,

Toujours du sang jusqu'au poitrail.

Quinze ans son dur sabot, dans sa course rapide,

Broya les générations ; duinze ans elle passa, fumante, cà toute bride.

Sur le ventre des nations ; Enfin, lasse d'aller sans finir sa carrière.

D'aller sans user son chemin.

De pétrir l'univers, et comme une poussière

De soulever le genre humain ; Les jarrets épuisés, haletante, sans force

Et fléchissant à chaque pas, Elle demanda grâce à son cavalier corse ;

Mais, bourreau, tu n'écoutas pas!

Tu la pressas plus fort de ta cuisse nerveuse;

Pour étouffer ses cris ardents, Tu retournas le mors dans sa bouche baveuse,

De fureur tu brisas ses dents ; 1:11e se releva : mais un jour de bataille,

Ne pouvant plus mordre ses freins, Mourante, elle tomba sur un lit de mitraille

Et du coup te cassa les reins.

Maintenant tu renais de ta chute profonde :

Pareil à l'aigle radieux.

Tu reprends ton essor pour dominer le monde,

Ton image remonte aux cieux.

Napoléon n'est plus ce voleur de couronne.

Cet usurpateur effronté, Qui serra sans pitié, sous les coussins du trône,

La gorge de la Liberté ;

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