‹ Poésies: Iambes et poèmesChapitre 24 sur 80 · LES VICTI^CES · texte numérisé non relu

LES VICTI^CES

NE nuit je rêv.ais... et dans mon rêve sombre,

Autour du ténébreux autel.

Passaient, passaient toujours des victimes sans nombre,

Les bras tendus vers l'Eternel.

Toutes avaient au front une trace luisante :

Toutes, comme un maigre troupeau Dont le tondeur a pris la toison blanchissante,

Portaient du rouge sur la peau.

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Et toutes, ce n'étaient que vieillards au grand âge,

Un bâton d'ivoire à la main, Comme ceux que la mort, en un jour de carnage.

Trouva sur le fauteuil romain ; Q.ue jeunes gens amis, à la vaste poitrine,

Au cœur solide et bien planté, l'rappés, la bouche ouverte, et d'une voix divine

Chantant la belle Liberté ; Ce n'étaient que des corps meurtris et noirs de fange,

Du sable encor dans les cheveux, Et battus bien longtemps, sur une rive étrange.

Des vents et des flots écumeux ; Ce n'étaient que des flancs consumés par les flammes

Dans le creux des taureaux d'airain, Q.ue membres déchirés sous mille dents infâmes

Devant le peuple souverain; due des porteurs divins de blessures inlimes,

Des sages couronnés d'afl"ront.

Des orateurs sacrés, des poètes sublimes.

Tombés en se touchant le front; Puis des couples d'amants, puis la foule des mères

Traînant leurs enfants par le bras, Et les petits enfants pleins de larmes amères

Et soupirant à chaque pas;

Et ces ombres, hélas! avides de justice, Plaintives, les mains dans les airs.

Demandaient vainement le prix du sacrifice Au Dieu puissant de l'univers.

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TE%TSICHOXE

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l-»ORSQUE la foi brûlante a déserté les âmes, Que le pur aliment de toutes chastes flammes, Le nom puissant de Dieu des cœurs s'est effacé Et que le pied du vice a partout repassé, La vie à tous les dos est chose fatigante ; C'est une draperie, une robe traînante Que chacun à son tour revêt avec dégoût, Et dont le pan bientôt va flotter dans l'égout.

Quand on ne croit à rien, que faire de la vie? Que faire de ce bien que la jeunesse envie, Si l'on ne peut, hélas! l'envoyer vers le ciel, Comme un encensoir d'or fumant devant l'autel ; La remplir d'harmonie, et, dans un beau délire, Des âmes avec Dieu se partager l'empire ; Ou la teindre de sang, comme un fer redouté Aux mains de la patrie et de la liberté ? Quand le cœur est sans foi, que faire de la vie ? Alors, alors il faut la barbouiller de lie, La couvrir de haillons, la charger d'oripeaux. Comme un ivrogne mort l'enfouir dans les pots ; Il faut l'user enfin à force de luxure. Jusqu'au jour où la mort, passant par aventure Et la trouvant courbée et vaincue à moitié. Dans le fossé commun la poussera du pié.

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Ainsi, du haut des tours les cloches ébranlées, Battant l'air fortement de leurs pleines volées, Sur la ville frivole et sans dévotion Ont beau répandre encor de la religion ; Les cierges allumés ont beau luire à l'église ; Et sur l'autel de pierre et sur la dalle grise Le prêtre a beau frapper de son front pénitent : Au culte des chrétiens on vit indifférent, Mais non pas à l'ennui. Toute face tournée Vers ce triste démon à la main décharnée Craint toujours de sentir son fade embrassement, Son baiser glacial, et chacun lestement De le fuir aussitôt, et de suivre à la trace La moindre occasion de débauche qui passe, Le tumulte en la rue, et le rire banal De l'antique Saturne aux jours du carnaval.

76 ïambes

Le carnaval 1 Jadis cette courte folie

Était de la misère avec un peu de lie,

Des malheureux payés, le long des boulevards.

Poussant des hurlements sous des masques blafards ;

Mais les gueux aujourd'hui ne sont plus seuls en scène,

Les beaux noms du pays descendent dans l'arène.

Et, le gosier bardé des plus sales propos.

Des porteurs de la halle ils se font les échos;

Puis viennent après eux les hommes de pensée;

Et tous ces curieux de la joie insensée

Le soir vont au théâtre, et, pour se mettre en rut.

Apprennent là, du peuple, à danser le chahut.

Quelle danse et quel nom ! D'abord c'est une lutte

Où des lubricités la palme se dispute.

Les violons aigus et les tambours ronflants

Dans un rythme lascif agitent tous les flancs ;

Puis, d'accord avec lui, les haleines fumeuses

Versent à flots épais des paroles vineuses.

Bientôt le masque tombe, ainsi que la pudeur;

La femme ne craint pas de montrer son ardeur,

Tant elle est par la foule et le bruit enivrée,

Et là nulle ne fait la longue et la sucrée.

L'homme attaque la femme, et la femme répond.

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