‹ Poésies: Iambes et poèmesChapitre 25 sur 80 · TERPSICHORE · texte numérisé non relu

TERPSICHORE

La joue en feu, les yeux luisant à chaque bond, lit la jambe en avant, elle court sur les planches ; Elle arrive sur l'homme en remuant les hanches; Ht l'homme, l'animant du geste et de la voix. Par ses beaux tordions la met vite aux abois. Comme un triton fougueux prend une nymphe impure, Il la saisit au corps, et, forçant la nature. Simule à tous les yeux ce que les animaux N'ont jamais inventé dans leurs plaisirs brutaux. Horreur! cette luxure est partout applaudie. Et l'imitation court comme l'incendie.

Puis la salle chancelle, et d'un élan soudain Le bal entier se lève, une main dans la main; Les corps joignent les corps ; comme une large houle Sur le plancher criant le galop se déroule. Alors une poussière immonde, en longs anneaux, Enveloppe la salle et ternit les flambeaux ; Le plafond tourne aux yeux ainsi que dans l'ivresse : La chair a tout vaincu, l'âme n'est plus maîtresse, Tout cède et s'abandonne à cet emportement, Car c'est la mer qui gronde en son lit écumant, C'est le vent qui tournoie en hurlantes rafales. C'est un troupeau fumant de bouillantes cavales. C'est la fosse aux lions. — Malheur, hélas ! malheur

Au pied de l'apprenti qui n'a pas de vigueur! Malheur au faible bras qui délaisse une taille ! Ah! c'en est fait ici, comme au champ de bataille, Du maladroit qui tombe! — à son cri déchirant. Aux cris de l'écrasé tout fuit indifférent; Personne n'a de cœur en ce moment terrible ; Et la ronde aux cent pieds, impitoyable, horrible, Passera sur le corps, et ses bonds furieux Meurtriront sans effroi le chef-d'œuvre des cieux.

O pudeur, ô vertu, douce et belle pensée,

O chevelure d'Eve à longs flots dispersée !

Pudeur, voile de pourpre, adorable manteau.

Déchire-toi devant cet ignoble tableau !

Et toi, mon âme, ainsi qu'une vierge immortelle

Couvrant son front pensif de l'ombre de son aile.

Rentre, rentre en toi-même, et songe amèrement

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