‹ Poésies: Iambes et poèmesChapitre 35 sur 80 · LE CAMPO SANTO I · texte numérisé non relu

LE CAMPO SANTO I

Il est do beaux jardins plantés de lauriers verts, De grands murs d'orangers où mille oiseaux divers, Des rossignols bruj'ants, des geais aux ailes bleues, Des paons sur le gazon traînant leurs belles queues, Des merles, des serins jaunes comme de l'or, Chantent l'amour, et l'air plus enivrant encor. Il est, sous les bosquets et les treilles poudreuses, De splendides festins et des noces heureuses ; Il est des instruments aux concerts sans pareils, Et bien des cœurs contents et bien des yeux vermeils. A VAve Maria, sous les portes latines.

On entend bien des luths et des voix argentines. On voit sur les balcons, derrière les cyprès, Bien de beaux jeunes gens qui se parlent de près, Bien des couples rêveurs, qui, le soir à la brune, Se tiennent embrassés aux regards de la lune. Hélas! un monstre ailé qui plane dans les airs, Et dont la lourde faux va sarclant l'univers, La Mort, incessamment coupe toutes ces choses ; Et femmes et bosquets, oiseaux, touffes de roses. Belles dames, seigneurs, princes, ducs et marquis, Elle met tout à bas, même des Médicis, Elle met tout à bas avant le jour et l'heure ; Et la stupide oublie, au fond de leur demeure,

It PIANTO

Tous les gens de béquille et qui n'en peuvent plus, Les porteurs de besace et les tristes perclus, Les catarrheux branlant comme vieille muraille, Les fiévreux au teint mat qui tremblent sur la paille, Et les frêles vieillards qui n'ont plus qu'un seul pas Pour atteindre la tombe et reposer leurs bras. Tous ont beau l'implorer, elle n'en a point cure ; La Mort vole au palais sans toucher la masure ; Elle abandonne aux vents les plaintes et les voix De CCS corps vermoulus comme un antique bois : La vieille aime à lutter, c'est un joueur en veine Qui néglige les coups dont la chance est certaine.

« Enfant, ce n'est point tout; enfant, regarde encor!

La montagne s'ébranle aux fanfares du cor.

Sous le galop des chiens entends sonner la pierre,

En épais tourbillons vois rouler la poussière,

Et du fond sinueux de ces sombres halliers

Bondir à flots pressés de nombreux cavaliers.

Ce sont de francs chasseurs qui courent la campagne.

De grands seigneurs toscans, des princes d'Allemagne,

Avec de beaux habits chamarrés d'écussons.

Des housses de velours, de lourds caparaçons.

Page 1