‹ Poésies: Iambes et poèmesChapitre 37 sur 80 · LE CAMPO SANTO · texte numérisé non relu

LE CAMPO SANTO

Le ciel, au-dessus d'eux éblouissant d'cizur, Épand sur la montagne un rayon toujours pur. Là, dans les genêts verts et sur l'aride pierre. Les hommes du Seigneur vivent de la prière; Là, toujours prosternés, dans leurs élans pieux, Ils ne voient point blanchir les fils de leurs cheveux. Leur vie est innocente et sans inquiétude, L'inaltérable paix dort en leur solitude. Et sans peur pour leurs jours en tout lieu menacés, Les pauvres animaux par les hommes chassés. Mettant le nez dehors et quittant leurs retraites, Viennent manger aux mains des blancs anachorètes : La biche à leur côté saute et se fait du lait. Et le lapin joyeux broute son serpolet.

« Heureux, oh! bien heureux qui, dans un jour d'ivresse, A pu faire au Seigneur le don de sa jeunesse, Et qui, prenant la foi comme un bâton noueux, A gravi loin du monde un sentier montueux ! Heureux l'homme isolé qui met toute sa gloire Au bonheur ineffable, au seul bonheur de croire. Et qui, tout jeune encor, s'est crevé les deux yeux, Afin d'avoir toujours à. désirer les cieuxl

114 ILPIANTO

Heureux seul le croyant, car il a l'âme pure,

Il comprend sans effort la mystique nature ;

Il a, sans la chercher, la parfaite beauté,

Et les trésors divins de la sérénité.

Puis il voit devant lui sa vie immense et pleine

Comme un pieux soupir s'écouler d'une haleine ;

Et lorsque sur son front la Mort pose ses doigts,

Les anges près de lui descendent à la fois ;

Au sortir de sa bouche ils recueillent son âme

Et, croisant par-dessus leurs deux ailes de flamme,

L'emportent toute blanche au céleste séjour,

Comme un petit enfant qui meurt sitôt le jour.

« Heureux l'homme qui vit et qui meurt solitaire ! Enfant, telle est mon œuvre, et l'immense mystère Que mon doigt monacal a tracé sur ce mur; La forme en est sévère et le contour est dur; Mais j'ai fait de mon mieux, j'ai peint de cœur et d'âme La grande vérité dont je sentais la flamme; Et, comme un jardinier qui bêche avec amour, Sur mon pinceau courbé, j'ai sué plus d'un jour. Puis, quand j'ai vu tomber la nuit sur ma palette, J'ai croisé les deux bras, et reposant la tête

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