IL MA NT O
Alors mon âme vaine et sans dévotion,
Mon âme par degré prend de l'émotion,
Et monte avec tes chants au séjour des archanges
Et, mystique poète, au fond des cieux brûlants. J'entends les bienheureux dans leurs vêtements blancs, Chanter sur des luths d'or les divines louanges.
LE C^iV\CTO V^iCCI'hLO
tA V\C. tAnlonî T}cschamps
V>'iiTAiT l'heure où Li terre appartient au soleil,
Où les chemins poudreux luisant d'un ton vermeil,
Où rien n'est confondu dans l'aride campagne,
Où l'on voit les troupeaux dormir sur la montagne,
Ht le pâtre robuste avec ses beaux chiens blancs
Etaler auprès d'eux ses membres nonchalants ;
L'heure aux grands horizons, l'heure où l'ombre est mortelle
Au voyageur suant qui s'arrête sous elle.
Où le pèlerin las, son bâton à la main,
Laisse tomber la tête en suivant son chemin.
Où l'on n'entend au loin sous les herbes brûlantes
Que les cris répétés des cigales bruyantes ;
L'heure où le ciel est rouge, où le cyprès est noir, •
Et Rome en son désert encor superbe à voir...
A cette heure, j'étais sur un monceau de briques.
Et, le dos appuyé contre des murs antiques,
Je regardais, de là, s'étendre devant moi
La vieille majesté des champs du peuple-roi.
Et rien ne parlait haut comme le grand silence
Qui dominait alors cette ruine immense,
Rien ne m'allait au cœur comme ces murs pendants,
Ces terrains sillonnés de mâles accidents.
Et la mélancolie empreinte en cette terre
Qui ne saurait trouver son égale en misère.
Sublime paysage à ravir le pinceau !
Le Colisée avait tout le fond du tableau : Le monstre, de son orbe envahissant l'espace, Foulait de tout son poids la terre jaune et grasse. Là, ce grand corps, sevré de sang pur et de chair. Etalait tristement ses vieux membres à l'air. Et le ciel bleu, luisant à travers ses arcades, Ses pans de murs croules, ses vastes colonnades,
Semait ses larges reins de feux d'azur et d'or, Comme au soleil d'Afrique un reptile qui dort. A droite, en long cordon, au-dessous de sa tête. Du haut d'une terrasse à crouler toute prête. Tombaient de larges flots de feuillages confus. Des pins au vert chapeau, des platanes touffus, Et des chênes voûtés, dont la racine entière Jaillissait comme l'onde cà travers chaque pierre, L'ombre épaisse, je crois, des jardins de Néron, Le seul dont le bas peuple ait conservé le nom... A gauche, près d'un mur chargé d'herbes nouvelles, Le temple de la Paix aux trois voûtes jumelles. Immense, laissait voir par un trou dans le fond Les hauts remparts de Rome et son désert profond ; Puis Castor et Pollux, dépouillés de leurs marbres, Avec d'humbles maisons se perdaient sous les arbres. Et les arbres voilaient de leurs feuillages roux Le grand arc de Sévère enfoui jusqu'aux genoux; Enfin, dans le milieu de cette large enceinte, Auprès du Capitole et de sa base sainte, La terre de Rémus, le vieux pavé romain... Mais, las! dans quel état! tout meurtri par la main Et par le pied brutal de cent hordes guerrières. Un terrain encombré de briques et de pierres.
Et semé de trous noirs et si larges, que l'eau Y fait plus d'une mare en cherchant son niveau. Comme des souvenirs, là, de frêles colonnes Dressent de loin en loin leurs jaunâtres couronnes ; Et leurs feuilles d'acanthe et leurs fûts cannelés Rappellent la splendeur des siècles écoulés. Mais, hélas! bien en vain, sur leurs bases rompues, Quelques-unes encor, comme des vierges nues, Semblent mener un chœur et, se donnant la main. Chanter pieusement un hymne pur et saint A la blanche Concorde ; en vain, seule et hautaine, Une d'elles aux cieux s'élance en souveraine, Et montre encor Phocas luisant de pourpre et d'or Devant l'autel brisé de Jupiter Stator.
Oh ! toutes, le front chauve et le pied dans les terres, Pauvres enfants perdus, Romaines solitaires. Elles sont toutes là, dans ces champs désolés, Comme après le carnage et sur des murs croules Des filles de vaincus qui pleurent sur leurs pères. Toutes dans le silence et sans plaintes amères. Elles vont protestant de leurs fragments pieux Contre la barbarie et tous les nouveaux dieux. Pleure, pleure et gémis, beau temple de Faustine; Tes colonnes de marbre et ta frise latine,