LE CAMPO VACCINO I
Et ton fronton meurtri, fléchissent sous le poids Du plus lourd des enfants qu'ait engendrés la croix : Pleure, pleure et gémis, car l'indigne coupole Toujours blesse tes flancs et ta divine épaule ; Sur toi pèse toujours le dôme monacal, Comme un barbare assis sur un noble cheval. Et toi, divin Titus, roi des belles journées, Q.u'est devenu ton arc aux pierres inclinées. Et cette large voûte, où de nobles tableaux Montraient l'arche captive avec les saints flambeaux. Et le peuple des Juifs, vaincu, les deux mains jointes. Pleurant devant ton char ses murailles éteintes? Où sont tes écussons par la foudre sculptés ; Tes cavaliers romains par le temps démontés? Grand Titus, tu n'as plus que la couleur sublime Dont les siècles toujours décorent leur victime : La rouille ; et demi-nus, penchés de toutes parts, Tes membres sont ridés comme ceux des vieillards.
O superbes fiévreux, gras habitants du Tibre, Enfants dégénérés d'un peuple qui fut libre ! Je ne viens pas chercher à vos tristes foyers De mâles sénateurs et d'antiques guerriers,
Le dévoùment sans borne à la mère chérie
Que vous nommiez jadis du beau nom de patrie,
La croyance éternelle aux murs de Romulus,
L'auguste pauvreté, les rustiques vertus,
Et la robuste foi qui, sur un crâne immonde,
A bâti huit cents ans la conquête du monde ;
Ces rudes éléments et du grand et du beau
Ne peuvent plus entrer dans votre étroit cerveau.
Ce que je veux de vous, ce sont de saints exemples.
C'est le respect aux morts, c'est la paix aux vieux temples
Or donc, assez longtemps, sur ce terrain hâlé.
Vieille louve au flanc maigre. Avarice a hurlé ;
Assez, assez longtemps, sans pudeur et sans honte.
Vos pères ont sucé ses mamelles de fonte ;
Dans Rome, assez longtemps, prélats et citoyens.
Se ruant par milliers sur les temples païens,
Ont violé le seuil des royales enceintes,
Volé les dieux d'airain, fondu les portes saintes
Et, comme des goujats avides de trésors.
Jusqu'au dernier lambeau déshabillé les morts.
Maintenant tout est fait : ruines séculaires.
Leurs murs ne peuvent plus tenter les mains vulgaires.
Pas une lame d'or à leurs flancs vermoulus;
De l'antique splendeur il ne leur reste plus