LE CAMPO VACCINO I
Hurler des chants hideux et cacher ses ébats; C'est un sol sans chemin, où l'on tombe à tout pas, Où, parmi les grands trous, et sur les ronces vives. Autour des monuments quelques âmes plaintives Descendent par hasard, et là, dans les débris. Versent des pleurs amers et poussent de longs cris.
O vieille Rome ! ô Goethe ! 6 puissances du monde 1 Ainsi donc votre empire a passé comme l'onde, Comme un sable léger qui coule dans les doigts. Comme un souffle dans l'air, comme un écho des bois. Adieu, vastes débris ! Dans votre belle tombe Dormez, dormez en paix; voici le jour qui tombe. Au faîte des toits plats, au front des chapiteaux. L'ombre pend à longs plis comme de noirs manteaux, Le sol devient plus rouge et les arbres plus sombres; Derrière les grands arcs, à travers les décombres. Le long des chemins creux, mes regards entraînés Suivent des buffles noirs deux à deux enchaînés; Les superbes troupeaux, à la gorge pendante. Reviennent à pas lents de la campagne ardente, Et les pâtres velus, bruns et la lance au poing. Ramènent à cheval des chariots de foin.
Puis passe un vieux prélat, ou quelque moine sale, Qui va battant le sol de sa triste sandale. Des frères en chantant portent un blanc linceul, Un enfant demi-nu les suit et marche seul; Des femmes en drap rouge et de brune figure Descendent en filant les degrés de verdure ; Les gueux déguenillés qui dormaient tous en tas Se lèvent lentement pour prendre leur repas, L'ouvrier qui bêchait et roulait sa brouette La quitte : le travail, les pelles, tout s'arrête, On n'entend plus au loin qu'un murmure léger. Que le cri d'un ânon, le sifflet d'un berger. Ou, derrière un fronton renversé sur la terre. Que de forts mendiants couchés avec mystère. Qui, les cinq doigts tendus et le feu dans les yeux. Disputent sourdement des baïoques entre eux.
X^TH^ËL
v>E qui donne du prix à l'humaine existence, Ah ! c'est de la beauté le spectacle éternel ! Qui peut la contempler dans sa plus pure essence, En garde sur ses jours un reflet immortel.
Et ce fut là ton sort, bienheureux Raphaël, Artiste plein d'amour, de grâce et de puissance I Ton œil noir, de bonne heure attaché sur le ciel, Y chercha du vrai beau la divine substance.
En vain autour de toi, jeune encore et sans nom, Le monstre impur du laid, hurlant comme un dragon, Déroula ses anneaux et ses replis de fange :
Tu dédaignas ses cris, ses bonds tumultueux, Et, d'un brodequin d'or foulant son front hideux. Tu t'élanças vers Dieu comme le grand Archange
LE COTIXEGE
INourrice d'Allegri, Parme, cité chrétienne, Sois fière de l'enfant que tes bras ont porté 1 J'ai vu d'un œil d'amour la belle antiquité, Rome en toute sa pompe et sa grandeur païenne
J'ai vu Pompéi morte, et, comme une Athénienne, La pourpre encor flottant sur son lit déserté ; J'ai vu le dieu du jour rayonnant de beauté Et tout humide encor de l'onde ionienne ;
J'ai VU les plus beaux corps que l'art ait revêtus; Mais rien n'est comparable aux timides vertus, A la pudeur marchant sous sa robe de neige ;
Rien ne vaut cette rose à la fraîche couleur Q.ui secoua sa tige et sa divine odeur Sur le front de ton fils, le suave Corrège.