‹ Poésies: Iambes et poèmesChapitre 44 sur 80 · CI9^C^%,0S · texte numérisé non relu

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v->H ANTRE mélodieux né sous le plus beau ciel, Au nom doux et fleuri comme une lyre antique, Léger Napolitain, dont la folle Musique A frotté, tout enfant, les deux lèvres de miel,

O bon Cimarosa! nul poète immortel.

Nul peintre comme toi, dans sa verve comique. N'égaya des humains la face léthargique D'un rayon de gaité plus franc et naturel.

Et pourtant tu gardas à travers ton délire, Sous les grelots du fou, sous le masque du rire. Un cœur toujours sensible et plein de dignité ;

Oui, ton âme fut belle, ainsi que ton génie; Elle ne faillit point devant la tyrannie. Et chanta dans les fers l'hymne de liberté.

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lA ViC. VvCamiani 'Délia %pvere.

SALV ATOR

J E t'envie, ô pêcheur! Sur la grève et le sable Je voudrais comme toi savoir tirer un câble, Mettre une barque à sec, et le long de ses flancs Sécher au plein soleil mes filets ruisselants. Je t'envie, ô pêcheur 1 Quand derrière Caprée Le soleil a quitté sa tunique pourprée, Comme toi, dans ma barque étendu gravement, Je voudrais voir la nuit tomber du firmament. O mon frère ! plains-moi, ma douleur est mortelle,

Car pour moi la patrie a cessé d'être belle ;

Naples, la ville d'or, à mes regards maudits

A fermé le jardin de son blanc paradis.

Les éternels parfums de la riche nature,

L'air qui plante la joie en toute créature,

Ce beau ciel lumineux qu'on aime tant à voir,

Les pâleurs du matin et les rougeurs du soir,

Les coteaux bleus du golfe, et sur ses belles lignes

Les barques au col blanc nageant comme des cygnes.

Et Pausilippe en fleurs et Vulcain tout en feux,

Et tous mes souvenirs, mon enfance et mes jeux,

Rien ne peut animer le sombre de ma vie :

La riante couleur à mes doigts est ravie.

Le ton noir et brumeux domine en mes tableaux.

J'ai brisé ma palette, et, jetant mes pinceaux.

Par la campagne ardente et nos pavés de lave,

Au soleil du midi, j'erre comme un esclave.

LE PECHEUR

0 frère ! je comprends et tes soupirs profonds, Et pourquoi comme un fou tu frappes des talons; Pourquoi tes cheveux noirs, hérissant ton visage,

Sur ton manteau troué répandent leur ombrage ;

Pourquoi la pâleur siège à ton front soucieux,

Pourquoi, tel qu'un voleur, tu détournes les yeux.

Oh! tu n'es pas le seul à baisser la paupière :

Mon corps, tout brun qu'il est, n'est pas non plus de pierre.

Et je sens comme toi, sous sa rude épaisseur,

due notre ciel n'a pas de reflet en mon cœur.

Eh! qui peut aujourd'hui prendre un habit de fête,

De raisins verdoyants se couronner la tête.

Et, levant par le coin un rouge tablier.

Danser la tarentelle à l'ombre du hallier?

Qui peut, ami, qui peut s'enivrer de musique

Et des beaux jeux fleuris de notre terre antique.

Quand la douleur partout nous ronge comme un ver?

Nôtre vie ici-bas est un citron amer

Que ne peut adoucir nulle saveur au monde.

Nous sommes, beaux enfants d'une mère féconde.

Sous le joug attelés comme nos taureaux blancs;

Il faut tirer du front, et haleter des flancs.

Marcher pleins de sueur, et, pour plus de misère,

Etre souvent battus par la verge étrangère.

S ALVATOR

Heureux, heureux pêcheur! il te reste la mer,

Une plaine aussi bleue, aussi large que l'air.

Comme un aigle lassé de son rocher sauvage,

Quand le souffle de l'homme a terni ton visage,

Lorsque la terre infecte a soulevé tes sens,

Tu montes sur ta barque, et, de tes bras puissants,

Tu cours au sein des flots laver ta plaie immonde,

La rame en quatre coups te fait le roi du monde.

Là, tu lèves le front, là, d'un regard vermeil,

En homme saluant la face du soleil,

Tu jettes tes chansons; et si la mer écume,

Si le bruit de la terre avec son amertume

Te revient sur la lèvre, au murmure des flots

Tu peux sans crainte encor murmurer tes sanglots.

Mais nous, mais nous, hélas! habitants de la terre,

Il faut savoir souffrir, mendier et nous taire ;

Il faut de notre sang engraisser les abus.

Des fripons et des sots supporter les rebuts ;

Il faut voir aux clartés de la pure lumière

Des choses qui feraient fendre et crier la pierre,

Puis dans le creux des doigts enfermer avec soin Son Ame, et s'en aller gémir en quelque coin : Car la plainte aujourd'hui vous mène au précipice, Aux doux épanchements le sol n'est point propice. Notre terre est infâme, et son air corrupteur Sur deux hommes causants enfante un délateur.

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