LE P 1- C H E U R
Toujours, ô mon Rosa ! toujours les vents contraires Ne déchireront pas la voile de nos frères ; Des célestes balcons, les dieux penchés sur nous Souffleront moins de bise et des zéphyrs plus doux. S'ils sont justes là-haut, s'ils régissent la terre, Ils prendront en pitié notre longue misère ; Ils ne laisseront pas, les bras tendus en vain. Toujours les braves gens en guerre avec le pain ; Ils ne laisseront pas du fond de sa mantille L'avarice hautaine insulter la guenille.
Nous n'irons pas toujours, comme des chiens honteux. Le long du vieux marché, sous ses antres bourbeux, Chercher à nos petits un peu de nourriture;
IJO IL PIANTO
Nous qui suons le jour et couchons sur la dure, Qui n'avons ici-bas que la peine et le mal, Nous n'irons pas toujours mourir à l'hôpital ; Nos crocs ne seront plus chargés d'étoupes molles : Viendront les pensers forts et les mâles paroles. Après avoir eu l'os, nous aurons bien la chair, Les douceurs du printemps après le vent d'hiver. Aussi, je prends courage ; au branle de la rame Je poursuis plus gaîment le poisson sous la lame. D'un bras ferme et hardi je lance mes harpons, Je nage à tous les bords, je plonge à tous les fonds, Car je sais qu'un beau jour, et sans que rien l'empêche, En mon golfe divin je ferai bonne pèche : Aux rives de Chiaia, sur le sable argenté, Dans mes larges filets viendra la Liberté.