‹ Poésies: Iambes et poèmesChapitre 49 sur 80 · L-'iviNE Juliette au cercueil étendue · texte numérisé non relu

L-'iviNE Juliette au cercueil étendue

Toi qui n'es qu'endormie et que l'on croit perdue,

Italie, ô beauté ! si, malgré ta pâleur,

Tes membres ont encor gardé de la chaleur;

Si du sang généreux coule encor dans ta veine ;

Si le monstre qui semble avoir bu ton haleine,

La Mort, planant sur toi comme un heureux amant,

Pour toujours ne t'a pas clouée au monument ;

Si tu n'es pas enfin son entière conquête :

Alors quelque beau jour tu lèveras la tète,

Et, privés bien longtemps du soleil, tes grands yeux S'ouvriront pour revoir le pur éclat des cieux ; Puis ton corps, ranimé par la chaude lumière, Se dressera tout droit sur la funèbre pierre. Alors, être plaintif, ne pouvant marcher seul. Et tout embarrassé des longs plis du linceul. Tu chercheras dans l'ombre une épaule adorée; Et, les deux pieds sortis de la tombe sacrée, Tu voudras un soutien pour faire quelques pas. Alors à l'étranger, oh 1 ne tends point les bras : Car ce qui n'est pas toi, ni la Grèce ta mère. Ce qui ne parle point ton langage sur terre Et ne respire pas sous ton ciel enchanteur. Trop souvent est barbare et frappé de laideur. L'étranger ne viendrait sur ta couche de lave Que pour te garrotter comme une blanche esclave ; L'étranger corrompu, s'il te donnait la main, Avilirait ton front et flétrirait ton sein. Belle ressuscitée, ô princesse chérie, N'arrête tes yeux noirs qu'au sol de la patrie ; Dans tes fils réunis cherche ton Roméo, Noble et douce Italie, ô mère du vrai beau !

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