‹ Poésies: Iambes et poèmesChapitre 55 sur 80 · LE D^I1SL0T^U%E · texte numérisé non relu

LE D^I1SL0T^U%E

i\ LLONS, enfants, marchons la nuit comme le jour; A toute heure, à tout prix, il faut faire l'amour, Il faut, à tout passant que notre vue enflamme, Vendre pour dix schellings nos lèvres et notre âme.

On prétend qu'autrefois, en un pays fort beau. Un monstre mugissant, au poitrail de taureau. Tous les ans dévorait en ses sombres caresses Cinquante beaux enfants, vierges aux longues tresses :

C'était beaucoup, grand Dieu ! mais notre monstre à nous

Et notre dévorant aux épais cheveux roux,

Notre taureau, c'est Londre en débauche nocturne

Portant sur les trottoirs son amour taciturne.

Le vieux Londre a besoin d'immoler tous les ans

A ses amours honteux plus de cinquante enfants;

Pour son vaste appétit il ravage la ville,

Il dépeuple les champs, et par soixante mille,

Soixante mille au moins vont tomber sous ses coups,

Les plus beaux corps du monde et les cœurs les plus doux.

Hélas ! d'autres sont nés sur la plume et la soie ! D'autres ont hérité des trésors de la joie. Partant de la vertu. — Pour moi, la pauvreté M'a reçue en ses bras, sitôt que j'eus quitté Le déplorable flanc de ma féconde mère. O triste pauvreté, mauvaise conseillère.

Fatale entremetteuse, à quels faits monstrueux Livrez-vous quelquefois le seuil des malheureux I Vous avez attendu que je devinsse belle, Et lorsque sur mon sein, fleur pudique et nouvelle, La nature eut versé les plus purs de ses dons, Une fraîcheur divine et de grands cheveux blonds.

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