‹ Poésies: Iambes et poèmesChapitre 71 sur 80 · LES MINEURS DE NEWCASTLE · texte numérisé non relu

LES MINEURS DE NEWCASTLE

Nous arrachons la houille à la terre fangeuse ; La nuit couvre nos reins de sa mante brumeuse, Et la mort, vieux hibou, vole autour de nos fronts.

Malheur à l'apprenti qui dans un jour d'ivresse Pose un pied chancelant sur la pierre traîtresse ! Au plus creux de l'abîme il roule pour toujours. Malheur au pauvre vieux dont la jambe est inerte ! Lorsqvie l'onde, en courroux de se voir découverte, Envahit tout le gouffre, il périt sans secours.

Malheur à l'imprudent, malheur au téméraire Q.ui descend sans avoir la lampe salutaire Qu'un ami des humains ht pour le noir mineur 1 Car le mauvais esprit qui dans l'ombre le guette, La bleuâtre vapeur, sur lui soudain se jette Et l'étend sur le sol sans pouls et sans chaleur.

Malheur, malheur à tous I car même sans reproche Lorsque chacun de nous fait sa tâche, une roche Se détache souvent au bruit seul du marteau;

Et plus d'un qui rêvait dans le fond de son âme Aux cheveux blonds d'un fils, à l'œil bleu de sa femme, Trouve au ventre du gouffre un éternel tombeau.

Et cependant c'est nous, pauvres ombres muettes, Q.ui faisons circuler au-dessus de nos têtes Le mouvement humain avec tant de fracas; C'est avec le trésor qu'au risque de la vie Nous tirons de la terre, ô puissante industriel Que nous mettons en jeu tes gigantesques bras.

C'est la houille qui fait bouillonner les chaudières, Rugir les hauts-fourneaux tout chargés de matières. Et rouler sur le fer l'impétueux wagon ; C'est la houille qui fait par tous les coins du monde. Sur le sein écumant de la vague profonde, Bondir en souverains les vaisseaux d'Albion.

C'est l'œuvre de nos bras qui donne au diadème Cet éclat merveilleux, cette beauté suprême Q.u'on ne voit nulle part ; enfin c'est notre main

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