MED£E
Et moi je vais, Madame, oubliant mon courroux, En goûtant vos bienfaits faire des vœux pour vous.
M É D É E , à part.
Va, je te plains! les dieux, malheureuse Princesse^ Pour un sort plus heureux réservaient ta jeunesse J Tu ne mérites pas le destin qui t'attend.
Mais, c'en est fait, Médée a besoin de ton sang ; C'est en toi, c'est pour toi que je fus outragée, Et si tu ne meurs pas je ne suis pas vengée ! Pour aller jusqu'au cœur que ma main doit percer, C'est par le tien, grands dieux ! que le coup doit passer. Allons, en jour de mort changeons ce jour de fête ! L'heure approche : il est temps,et la vengeance est prête.
scê:xe V
MÉDÉE, IPHISE
Iphise, approche-toi, tu m'aimes, je le sais. Ht ton destin t'attache à tous mes intérêts:
MEDHH. 59
De mes secrets desseins fidèle confidente,
Tu ne me trahis point ; ton amitié constante,
Partageant ma fortune, a servi tour à tour
Les projets de ma haine ou ceux de mon amour.
Écoute : jusqu'ici tu n'as rien fait encore!
Dans cet instant fatal, c'est ta main que j'implore!
Tu connais ma vengeance, oses-tu la servir?
Sauras-tu m'imiter et sauras-tu mourir ?
Réponds !
I p II I s £.
A vos destins dès mon enfance unie, Ma fidèle amitié ne s'est point démentie.
Ordonnez, et ce cœur, dont vous semblez douter. S'il ne faut que mourir, saura vous imiter.
Parlez, et rien ne peut étonner mon courage.
MÉDÉE
Hh bieu ! viens, que ta main achève mon ouvrage ! Tu vois devant tes yeux ces précieux présents :
(On voit sur une table un ècrin ouvert)
Autrefois de mon front superbes ornements, Lorsqu'aux jours de ma gloire, orgueilleuse princesse. Mon éclat effaçait les reines de la Grèce, Un jour, de notre hymen pour payer les bienfiiits, Le perfide lui-même en orna mes attraits.
Prends-les, Iphise, et cours de ce pas les lui rendre ; Dis-lui qu'avec son cœur il doit me les reprendre. Que moi-même, à ses vœux brûlante d'obéir, Je voulais à Creuse en ce jour les offrir,
6b POÉSIES INÉDITES.
Mais que lui-même il peut eu oriier sa conquête Et de sa propre main en surcharger sa tête.
Dis que je lui pardonne et n*atteuds pour partir Que rheure où cet hymen doit enfin s'accotnplir. Tu t'étonnes? £h quoi! peux-tu me méconnaître? . Va, tu m*en tends.
IPHISE.
Grands dieux! je l'entends trop, peut-être.
Quoi ! c'est donc là l'objet que vous deviez frapper !
MEDEE
Pensais-tu qu'à mes coups elle pût échapper?
IPHISE.
\'ous-ménie tout à l'heure excusiez sa jeunesse.
MÊDEE.
Je ne m'en cache pas : son malheur m'intéresse.
IPIfISE.
Vous la plaignez, Madame, et vous l'assassinez!
MÉUÊE.
Ses jours sont innocents, mais ils sont condamnés.
IPHISE.
Madame, laissez-vous attendrir par mes larmes; Pour punir un perfide employez d'autres armes;
Pardonnez à des jours, hélas I trop innocents I Vous avez entendu ses regrets impuissants :
Vous savez si son âme, à regret enchaînée, Déteste, en l'achevant, ce funeste hyménée Qpi la rend odieuse à vos yeux offensés !
Qyel est son crime enfin ?
MLDEE.
Il l'aime, et c'est assez!
Va!