VIII PRÉFACE
des destinées d'un empire, de la prise d'une ville, de la fondation d'une dynastie; il s'agit des destinées éternelles de l'homme, de l'être intelligent et libre, de ce qu'il y a de plus grand dans l'univers après Dieu lui-même.
Sur ces dix yifions qui devaient embrasser tout le cycle du développement humain, nous n'avons que deux poèmes complètement achevés : Jocelyn et La Chute d'un ange. Mais le plan subsiste ; il est reproduit dans ce volume avec des fragments inédits. Ce plan suffit pour nous faire connaître l'idée mère, la philosophie de cette conception ; et Jocelyn, ce chef-d'œuvre de notre poésie, nous montre comment l'œuvre eût été exécutée si l'auteur avait pu se consacrer tout entier à ce monument.
Chacune de ces dix V'mcns marque à la fois une des grandes époques de l'histoire et un des degrés par où l'àme tombée se relève en expiant ses fautes; l'homme reçoit dans chacune de ces phases de son existence une initiation supérieure, se rapprochant par chaque victoire sur lui-même de la vie bienheureuse à laquelle Dieu l'a destiné. L'idée d'une chute primitive, la douleur considérée comme le châtiment de cette chute, comme l'instrument de l'expiation et le grand ressort du progrès
PRÉFACE. i:^
moral, telle est l'idée parfaitement orthodoxe qui domine tous ces poèmes. Cette idée s'impose à toutes les philosofihies dignes de ce nom. L'éternelle présence de la douleur sur ce globe ne permet à l'esprit de concevoir aucun drame sérieux où elle n'apparaisse. II s'agit de la montrer dans sa véritable essence, l'expiation, et dans son but, la réhabilitation et le progrès. Ceux qui prétendent expliquer la destinée humaine sans l'idée de la douleur, ceux qui en nient la nécessité et n'en voient pas le but, ceux qui prétendent la supprimer ici-bas par la science, ne sont même pas des enfants !
Mais la douleur devenue nécessaire par la faute primitive, le mal créé par la chute, n'ont pas, aux yeux de l'auteur des Visions, une telle prépondérance dans l'univers que le poète soit entrainé, par une imagination terrifiante comme celle des chantres de l'enfer, à faire du mal un principe indestructible et à proclamer son éternité. Les Visions finissent par une victoire complète du bien, par la réhabilitation de l'âme tombée et par son immortelle glorification.
Le fragment de la huitième Vision, inconnu jusqu'à ce jour et intitulé Le Chevalier, est un