CRÉON, MÉDÉE, CREUSE, IPHISE
CRÉON'
Je vous cherchais, Madame, en vos appartements :
Je venais annoncer à votre aine ravie
Un bonheur trop tardif, au gré de mon envie ;
Je courais prés de vous en rendre grâce aux dieux,
Et mon empressement m'a conduit en ces lieux.
Ce héros que la Grèce ainsi que vous admire
Voit enfin à ses vœux la fortune sourire.
Madame, et, rappelant le pur sang de ses nus.
LaThessalie enfin se soumet a ses lois.
Il part, il va chasser de l'empire et du trône
Ce traître ambitieux qui souillait sa couronne;
Larisse n'attend plus que l'effort de son bras.
Mais, avant de quitter ma cour et mes États,
11 veut, couvrant l'horreur d'un fatal hyménée,
A la vôtre, Madame, unir sa destinée.
L'on n'attend, pour former ces liens si précieux
Que votre aveu , Madame, et qu'on lit dans vos yeux.
CREUSE
Mou cœur, pour avouer une flamme si chère, N'attendait plus, Seigneur, que l'ordre de mon père.
MÉDÉE
Iphise, tu l'entends!
CRÉON
Venez donc aux autels De leurs nouveaux bienfaits bénir les immortels. Madame, tout un peuple, en proie à son ivresse, Au temple qui l'attend appelle la princesse. Paraissez , montrez-vous , que ce peuple enchanté , D'espérance et de joie aujourd'hui transporté, Oublie en vous voyant l'odieuse Médée!
Venez, de ces beaux nœuds la pompe est préparée.
MÉDÉE
Haine, fureur, amour, enfin vous l'emportez !
MEDEE. 27
IPHISE.
Grands dieux !
MÉDÉE
Non , c'en est fait ! barbares, arrêtez , Vous n'achèverez point cet horrible parjure ! Cette femme , l'horreur de toute la nature , Dont le nom seul devrait vous faire trembler tous. Cet effroi des mortels, Médée est devant vous !
CREUSE , tombant entre les bras d'une de ses femmes.
Qu'entends-je ?
CRÉOX.
Dieux ! Médée ! ô vue ! ô perfidie !
On entraine Creuse.