SCENE PREMIÈRE
MÉDÉE, IPHISE
MÉDÉE
Qu'avec impatience attendant ton retour, De la crainte à l'espoir j'ai passé tour à tour! Que le temps paraît long à mon inquiétude ! Viens mettre un terme, Iphise, à cette incertitude : Parle, raconte-moi ce que tes yeux ont vu ; Dis-moi si tout espoir est à la fin perdu, S'il ne me reste plus que la mort!
IPHISE.
Ah! Madame, Contre un coup plus affreux raffermissez votre âme, Vous ne connaissez pas encor tous vos malheurs!
MEDÉE. hl
MÉDÉE
Que viens-tu m'annoncer?
IPHISE.
Le comble des horreurs!
MÉDÉE
Dieux! parle, qu'as-tu vu?
IPHISE.
J'étais chez la princesse, Madame, et lui peignais votre juste tristesse : Déjà même son cœur paraissait s'attendrir Par des pleurs que ses yeux ne pouvaient retenir; Je lisais les combats de son âme flottante, Je voyais dans son cœur la pitié triomphante, J'avais vaincu, peut-être, en ce fatal moment, Quand Jason est entré dans son appartement : Son front ne paraissait couvert d'aucun nuage, L'espérance et l'amour brillaient sur son visage; Il tenait par la main, Madame, ses deux fils, De votre hymen, hélas! chers e1 malheureux fruits, Trop jeunes pour sentir le coup qui les accable. Tous deux en me voyant, pleins d'une joie aimable. Madame, entre mes bras sont venus se cacher, Et leurs yeux inquiets paraissaient vous chercher.
Mais lui, les rappelant aux pieds de la princesse : Pardonnez, a-t-il dit, à leur tendre jeunesse, Recevez-les, Madame, et que leurs jeunes ans S'élèvent à l'abri de vos soins complaisants! Puissent-ils ignorer quel sang les a fait naître !
MÉDÉE
Ciel ! cette horreur encor me restait à connaître !
IPHISE.
La princesse, à ces mots, dans ses bras les a pris, Et ses larmes, Madame, ont coulé sur vos fds. Elle leur prodiguait ses plus vives tendresses, Mais leurs bras innocents repoussaient ses caresses; Les plus tendres baisers semblaient les effrayer Et redoublaient leurs pleurs qu'on voulait essuyer.
MÉDÉE
Ah ! périssent cent fois et les fils et la mère Avant que l'on m'enlève... Ociel! voici leur père!