CRÉE SE
C'est le seul qu'à vos vœux je ne puisse accorder. Jason entre mes mains lésa remis lui-même : J'ignore les raisons de sa rigueur extrême, Madame, mais son cœur paraissait agité D'un effroi que mes yeux ont mal interprété. Mais cachez, ma-t-il dit, une race si chère A tous les yeux, Madame, et surtout a leur mère!
MÉDÉE
Et vous obéiriez à cet ordre odieux!
Et vous l'imiteriez î Et ce cœur généreux,
Complice jusqu'au bout des forfaits d'un parjure,
Outragerait ainsi l'amour et la nature!
Non, non, Madame, non, et je vous connais mieux :
On n'a pas à ce point déjà séduit vos yeux.
Votre âme, d'un perfide innocente victime,
Peut partager ses feux sans partager son crime,
Et dans ce cœur sensible aux feux de l'amitié,
L'amour n'a pas encore éteint toute pitié !
Quoi! tandis que, conduite aux autels d'hyménée,
Le bonheur va pour vous marquer cette journée,
Qu'Athène applaudissant à votre heureux amour,
Vous enchaînez un cœur que je perds sans retour,
Vous verriez sans horreur une mère outragée,
Et par les justes dieux peut-être enfin vengée,
Troubler votre bonheur en ces instants si doux,
Et du ciel sur ces nœuds appeler le courroux!
Vous lui refuseriez une pitié stérile !
Vous verriez ses douleurs d'un œil sec et tranquille,
Et vous refuseriez à ses cris douloureux
De voir encor ses fils et de pleurer sur eux !
CREUSE
Nun, ce cœur n'est point sourd à vos justes alarmes,
MKDÉE. 61
Et je me perds peut-être en cédant à vos larmes: Vous les verrez, Madame.
Ah ! puissent à ce pri\ Les dieux laisser enfin à jamais impunis Les crimes d'un ingrat à qui le sort vous lie! Puissent ces justes dieux verser sur votre vie Les bienfaits qu'en ce jour vous avez mérités, Et vous laisser longtemps tout ce qu'ils m'ont ôté !
CREUSE
Puissent ces vœux touchants être des vœux sincères! Madame, mais je vais, trompant des yeux sévères. Ordonner qu'en secret auprès de vous conduits, Vos fils quelques instants distrayent vos ennuis. Et puissent leur présence et leurs tendres caresses Apporter quelque trêve à vos justes tristesses!
MÉDÉE
Et moi je vais, Madame, oubliant nu m courroux, En goûtant vos bienfaits faire des vœux pour vous.
MÉDÉE, à pari.
Va, je te plains! les dieux, malheureuse Princessi Pour un sort plus heureux réservaient ta jeunesse! Tu ne mérites pus le destin qui t'attend.
Mais, c'en est fait, Médée a besoin de ton sang;
C'est en toi, c'est pour toi que je fus outragée,
Et si tu ne meurs pas je ne suis pas vengée!
Pour aller jusqu'au cœur que ma main doit percer.
C'est par le tien, grands dieux ! que le coup doit passer.
Allons, en jour de mort changeons ce jour de fête !
L'heure approche : il est temps, et la vengeance est prête.