‹ Poésies inédites de LamartineChapitre 28 sur 82 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

MÉDEE, seule.

MÉDËE, tirant un poignard et se promenant sur le théâtre .

Le voici donc venu, ce moment plein d'horreur!

Haine, vengeance, amour, soutenez ma fureur!

Et vous, dieux infernaux, seuls dieux que sert Médée,

Que ma main soit par vous raffermie et guidée !

Otoi, de mes forfaits redoutable instrument,

Toi qui vas, dès ce soir, les punir dans mon sang,

Toi qui servis si bien ma fatale colère,

Toi que ma main plongea dans le sein de mon frère,

Si, par des coups si sûrs, tu sus jusqu'à ce jour

Servir tous les desseins de mon funeste amour,

Si, détestable sœur et parricide fille,

Je t'ai couvert du sang de toute ma famille,

Venge aujourd'hui ce sang pour un ingrat versé,

El venge après le ciel de ma vie offensé !

Elle s'approche de la porte de l'appartement où sont ses enfant? et s'arrête.

Mais quoi! je sens déjà ma fureur chancelante, Et le poignard échappe à ma main défaillante !

MEDEE. 71

Par quel secret pouvoir ce bras est-il lié ?

Tais-toi, fuueste voix d'une aveugle pitié!

Quoi donc! je laisserais à l'ingrat qui m'outrage

D'un hymen qu'il trahit ce détestable gage !

Dans leur sang malheureux j'épargnerais son sang!

Je mourrais sans laisser un exemple éclatant !

Pour céder un instant au cri de la nature,

J'épargnerais ce coup à l'âme du parjure !

Et mes yeux le verraient, à mon dernier soupir,

Jouir encor d'un bien qu'il me voulait ravir!

Et vous, tristes objets de la haine céleste,

Rejetons condamnés d'une tige funeste.

Pourquoi donc vous laisser la lumière des cieux?

Pour que, traînant partout vos destins odieux,

Vil mépris des mortels et rebut de la Grèce,

Vous maudissiez cent fois le jour que je vous laisse.

Et recueillant le fruit de mes atrocités,

Honteux et rougissant du nom que vous portez,

Vous détestiez le sein qui vous donna naissance;

Ou bien pour qu'un perfide, instruisant votre enfance

A mépriser le sang que vous donna ce cœur,

Mon propre nom pour vous soit un objet d'horreur !

Non, cette idée affreuse affermit mon courage

Avançons....

Elle veut se précipiter vers L'appartement de ses (ils e( [lirait arrêtée malgré elle par une main invisible.

Je ne puis avancer davantage,.

Une invisible main semble arrêter mes pas, Et, prête à les frapper, je sens faillir mon bras. Quoi! ta voix sur nos cœurs est-elle si puissante, 0 nature? Est-ce toi qui rends ma main tremblante? Eh bien, je t' obéis!... mes efforts sont perdus... Tu le veux... Ils vivront... c'est un crime de plus.

Elle jette son poignard loin d'elle. Moment de silence.

0 vous, vous qui lisez dans le cœur d'une mère, Assouvissez, grands dieux, votre juste colère! Et vous, mânes cruels, par mes mains outragés, Dites-moi... Mes forfaits sont-ils assez vengés?... Mais qu'entends-je?

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