SCÈNE PREMIÈRE CONRAD, ERNEST
ERNEST
Enfin votre imprudence en ces lieux vous a mis A la discrétion de tous nos ennemis.
Seigneur, puisse le ciel veiller sur votre vie! Le salut des chrétiens, que leur Dieu vous confie, Eût exigé peut-être un parti plus prudent ; N'est-ce point en ces lieux un piège qu'on vous tend? Connaissez-vous, Seigneur, ce musulman perfide? Ne redoutez-vous pas...
CONRAD
Redouter Zoraïde ! . . .
J'adore ses vertus, c'en est assez pour moi;
ZORAIDE. 129
Mon cœur qui les connaît s'abandonne à sa foi. Ton ami dans ces lieux court des périls, sans doute, Mais ce ne sont point ceux que ton âme redoute, Et d'une amante en pleurs les touchantes vertus Sont les dangers, ami, que mon cœur craint le plus.
ERNEST
Fallait-il les chercher si vous deviez les craindre?
CONRAD
Cesse de m'accuser quand tu devrais me plaindre.
Ta sévère vertu, que rien ne peut fléchir.
Aux tourments de ce cœur ne sait point compatir :
L'amour n'est à tes yeux qu'une lâche faiblesse.
Rien n'a pu de ton cœur amollir la rudesse,
Et, témoin sans pitié de mes affreux combats,
Tu ne plains pas des maux que tu ne connais pas.
ERNEST
Dnis-je exruser, Seigneur, ce que te ciel condamne Un cœur chrétien doit-il brûler d'un feu profane? Le devoir a parlé. Devez-vous aujourd'hui Combattre encor, Seigneur, entre l'amour et lui?
CONRAD
Ah ! ne me parle plus de ce devoir funeste : Je n'ai que trop suivi sa loi que je déteste ;
Faut-il, pour contenter et ce devoir et toir Immoler sans pitié mon amante à sa loi?
ERNEST
LTn Dieu pour vous sauver s'est immolé lui-même Levez les yeux vers lui dans ce péril extrême; Présent au grand combat que vous allez donner, Il est là pour vous perdre ou pour vous couronner