‹ Poésies inédites de LamartineChapitre 8 sur 82 · MI1DI1E · texte numérisé non relu

MI1DI1E

Peut-être, est-il trop vrai, ma fatale tendresse Conçoit trop vivement un soupçon qui la blesse, Seigneur, et ce tourment d'un esprit abuse Par l'amour qui l'enfante est assez excusé. Mais qu'on l'appelle erreur, défiance, injustice, Je n'en puis plus longtemps supporter le supplice; Tout sort est préférable à ces tourments affreux, La mort même à Médéc est moins horrible qu'eux !

Quittons, Seigneur, quittons cette cour abhorrée,

Tout y jette le trouble en mon àme égarée,

Tout m'en repousse enfin ! Une invincible horreur,

D'affreux pressentiments y fatiguent mon cœur:

Je ne sais si les dieux, offensés par mon crime,

De leur courroux déjà me rendent la victime,

Ou si, touchés des pleurs qu'à leurs pieds je répands,

Ils donnent à mon cœur ces avertissements.

Quoi qu'il en soit, leur voix chaque nuit me réveille

Et retentit encor le jour à mon oreille.

Obéissons, Seigneur; que ces funestes lieux

Ne nous retiennent pas contre l'ordre des dieux !

Fuvons — ou je ne puis plus longtemps me contraindre !

Quels que soient les dangers que Médée ait à craindre.

Je me nomme, Seigneur, et péris devant vous.

Ou j'entraîne avec moi mes fils et mon époux.

Rien ne peut plus longtemps me forcer au silence!..

JASON

J'obéirai, Madame, à votre impatience;

Les dieux vous ont dit vrai : demain, la fin du jour

Nous aura vus quitter cette odieuse cour !

Ils s'éloignent ; la toile se baisse.

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