‹ Poésies inédites de LamartineChapitre 9 sur 82 · SCÈNE PREMIÈRE MÉDÉE, IPHISE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE MÉDÉE, IPHISE

MLDÉE.

Enfin, un jour fatal en ce moment m'éclaire, [phise, mais hélas, quelle horrible lumière ! Je regrette déjà l'heureuse obscurité Qui me voilait encor l'affreuse vérité ; De mon dernier espoir les lueurs sont éteintes ! Je L'ai vu : de quel œil il a reçu mes plaintes ! Comme ses yeux distraits, pendant notre entretien, Semblaient craindre toujours de rencontrer les miens ! Jason en ma présence avait l'air d'un coupable Qui souffre avec terreur un témoin qui l'accable ; Son ennui sur son front se montrait tout entier; Il semblait dédaigner de se justifier.

Cependant, à mes vœux il cède en apparence; Il obéit, dit-il, à mon impatience ; Il part ; mais sa froideur, son coupable embarras M'annoncent quelque piège où l'on attend mes pas.

IPHISE.

Peut-être, en cet instant, votre aveugle colère Écoute trop, Madame, un soupçon téméraire. Grossissant à nos yeux un fantôme trompeur, L'esprit croit voir souvent ce que craint notre cœur ! N'en croyez point encore à ces lueurs douteuses.

MÉDÉE

Les craintes de l'amour ne sont jamais trompeuses,

Iphise, et sur le front d'un infidèle amant

Il grave en traits certains son fatal changement.

Je ne m'y trompe pas : ô mânes de mon père,

J'éprouve donc déjà l'effet de ta colère !

Tant que Jason m'aimait, je méprisais tes coups;

Il u changé ! cruels, vous voilà vengés tous !

IPHISE.

Madame, au nom des dieux, que fléchiront nos larmes, Suspendez un moment ces cruelles alarmes. Ces dieux à votre époux donneront des remords.

MEDEE. 21

MÉDÉE

Des remords ! qu'as-tu dit ? Ah ! j'avais sans efforts

Étouffé jusqu'ici leurs plaintes légitimes :

L'amour seul de Jason justifiait mes crimes.

Je doutais qu'il en fût quand nous étions heureux.

Vaine erreur ! mon supplice a commencé par eux !

Iphtee, laisse-moi. Mais Creuse s'avance.

Je désire à la fois et je crains su présence.

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