‹ Poésies (volume 2)Chapitre 16 sur 72 · CONSOLATION SUR L'OUBLI. 4S · texte numérisé non relu

CONSOLATION SUR L'OUBLI. 4S

Si la nuit, le désert, le silence sont sourds ,

Celui qui Ta créé Técoutera toujours.

Toute fleur ne naît pas , brillante sur nos rives ,

Pour le sein des amours ou le front des convives.

Pour tomber sous les doigts d'un jeune Éliacin

Et parer de festons les voûtes du lieu saint.

Ah ! loin d'en être ainsi, le sort du plus grand nombre

Est de naître, briller, et se flétrir dans Tombre.

Combien de diamants , dans la terre enfouis ,

Ne brilleront jamais aux regards éblouis !

Que de jeunes beautés, ravissantes colombes.

Sans passer par rhymen descendront dans leurs tombes !

Que de germes éclos aux rayons du soleil,

A peine réveillés , rentrent dans le sommeil I

La Mort , de tant de morts nullement assouvie.,

Veille comme un dragon aux portes de la vie ;

La moitié des destins s'accomplit seulement ,

Et tout n'est ici-bas qu'un grand avortement.

Oh ! qui justifiera cette injustice immense?...

Mais la terre n'a point toute notre existence.

Ne nous abattons point si mon luth inspiré

Des hommes pour toujours doit rester ignoré.

Si l'indignation en surprend ta pensée ,

Oh ! ce sera, mon âme, une plainte insensée.

Un moment écoulé dans l'oubU du Seigneur,

Qui, comme un vent de mort, nous passe sur le cœur.

La lyre ne doit pas te rendre infortunée ;

U â)NSOLATION StR L'Ot'BLl.

Remercions le ciel de nous Tavoir donnée ;

11 est quelque plaisir qu'elle nous fait goûter,

Et tu t'épanouis en ^écoutant chanter !

Et roon front soucieux éclaircit ses nuages ,

Comme au son de Tairain avortent les orages.

Les ombres de Toubli préservent de l'orgueil ,

Et la célébrité n'est qu'un plus grand écueil.

Un grand nom coûte cher dans les temps où nous sommes;

Il faut rompre avec Dieu pour captiver les hommes.

La gloire trop souvent apparaît sur un front

Comme germe le doute au cœur qui se corrompt ,

Comme l'on voit sortir des moissons plus fécondes

D'un terrain humecté par des vagues immondes.

Que d'esprits, transportés sur la cime du mont,

N'ont pas pu résister aux pompes du démon ,

Et, pour s'approprier des royaumes célèbres,

Ont adoré les pieds de l'ange des ténèbres !

De mon astre soumis loin des destins pareils !

Hélas ! mes yeux ont vu tomber tant dé soleils !

Si je venais jamais à franchir la limite ,

Ramène-moi , mon Dieu , dans la borne prescrite ;

Car l'esprit , une fois échappé de ta mam ,

3e fatigue à bondir et ne fait nul chemin.

^ M. ^Uranïrre fl^umas*

LES AR£IVES de MMS.

Reste d*un vieux géant, débris dont la stature Du Nîmes d'autrefois peut offrir la mesure , L'étranger est plongé dans un profond émoi Quand tes vastes contours s'ofl'rent à ses paupières ; Mais tant de fols, enfant, j'ai dormi sur tes pierres , Qu'elles sont sans rêve pour moi.

J'ai tant de fois ouï , l'hiver , dans la nuit sombre ,

I^s mille voix du vent sous tes voûtes sans nombre,

Que je n'y sais plus voir, transfuges du trépas.

De leur dernier soupir non encor satisfaites ,

Les ombres de tous ceux qui sont morts dans tes fêtes,

Recommençant leurs vieux combats.

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