A VA LYRE
Souviens-toi du ciel , ô ma lyre.
Car c'est du ciel que tu descends.
Nos sages nous disent encore :
« Peuples , hâtez votre réveil !
a D'un plus beau jour chantez Taurore!.. »
Et c'est le coucher du soleil.
Le lendemain ne se peut lire
Sur des signes plus effrayants.
Souviens-toi du ciel, ô ma lyre ,
Car c'est du ciel que tu descends.
Le pouvoir dans sa main débile
Sent expirer l'autorité ;
Son drapeau descend immobile
Le long de son mât attristé ;
On appelle en vain le zéphyre
Autour de ses plis languissants. '. Souviens-toi du ciel , ô ma lyre , > Car c'est du ciel que tu descends.
Déjà de nos derniers orages ) A peine expirant dans lés airs S'élèvent les mêmes nuages Sillonnés des mêmes éclairs.
Que des tonnerres qui vont bruire Ne s'intimident pas nos chants ;
A MA LYBE.
Souviens-toi du ciel , ô ma lyre , Car c'est du ciel que tu descends.
Et qu'importe que le vulgaire Soit ou non pour ta déitét De sanctuaire en sanctuaire Il traîne sa servilité ; L'idole qu'il voudrait proscrire A cent fois reçu son encens.
Souviens-toi du ciel , ô ma lyre , Car c'est du ciel que tu descends.
Sous les faisceaux il rêve un mattre, Et sous un maître les faisceaux ; Le Brutus d'hier est un traître....
Qu'attendent des arcs triomphaux.
Contre ce coupable délire Lance des accords véhéments !
Souviens-toi du ciel , ô ma lyre , Car c'est du ciel que tu descends !
D'une faveur tumultueuse Que d'autres soient fiers de jouir :
D'une palme ignominieuse Ma tête saura s'affranchir.
Que la vertu daigne sourire , Voilà le prix oîi je prétends.