M SOUVENIRS D'ENFANCE
Pour la première fois, trois heures du matin ;
Quand, pour trouver des nids fouillant dans ses bocages ,
Le Vistre me voyait explorer ses rivages,
Et, dans ses fraîches eaux trompant Tardent midi.
Goûter tous les plaisirs du vagabond jeudi ,
Jour alors le plus beau de toute la semaine ,
Où l'écolier se voit affranchi de sa chaîne :
Ni sombre magister qui le fasse pâlir ,
Ni de ces beaux habits que Ton craint de salir ,
Qui me rendaient des jours de fête et de dimanche ,
Quand j'en étais paré , l'allégresse moins franche...
Mais d'où vient que ces temps, que j'évoque aujourd'hui
Pour pouvoir arracher mon âme à son ennui ,
La ramènent encore à sa tristesse amère?
Hélas ! c'est que bientôt je vis pleurer ma mère !
Mon père s'en alla par ce mal triste et lent
Qui fait voir chaque jour le soleil moins brillant.
Qui fait passer des nuits aux. longues insomnies ,
Qui , pour un seul trépas donnant vingt agonies.
Enlève fil â fil la trame de nos jours ,
Où l'art ne peut donner que d'impuissants secours.
Que de fois, loin du lit où gisait sa souffrance ,
Ma mère , avec des yeux qui cherchaient l'espérance,
A dit au médecm qui nous donnait ses soins :
«Ne le trouvez-vous pas mieux qu'hier ? — ^Beaucoup moins .»
Et ses yeux se mouillaient de larmes, et les miennes
Se mettaient â couler, voyant couler les siennes.
Puis elle me disait : a Pourquoi gémir ainsi?