‹ Poésies (volume 2)Chapitre 36 sur 72 · M SOUVENIRS D'ENFANCE · texte numérisé non relu

M SOUVENIRS D'ENFANCE

Pour la première fois, trois heures du matin ;

Quand, pour trouver des nids fouillant dans ses bocages ,

Le Vistre me voyait explorer ses rivages,

Et, dans ses fraîches eaux trompant Tardent midi.

Goûter tous les plaisirs du vagabond jeudi ,

Jour alors le plus beau de toute la semaine ,

Où l'écolier se voit affranchi de sa chaîne :

Ni sombre magister qui le fasse pâlir ,

Ni de ces beaux habits que Ton craint de salir ,

Qui me rendaient des jours de fête et de dimanche ,

Quand j'en étais paré , l'allégresse moins franche...

Mais d'où vient que ces temps, que j'évoque aujourd'hui

Pour pouvoir arracher mon âme à son ennui ,

La ramènent encore à sa tristesse amère?

Hélas ! c'est que bientôt je vis pleurer ma mère !

Mon père s'en alla par ce mal triste et lent

Qui fait voir chaque jour le soleil moins brillant.

Qui fait passer des nuits aux. longues insomnies ,

Qui , pour un seul trépas donnant vingt agonies.

Enlève fil â fil la trame de nos jours ,

Où l'art ne peut donner que d'impuissants secours.

Que de fois, loin du lit où gisait sa souffrance ,

Ma mère , avec des yeux qui cherchaient l'espérance,

A dit au médecm qui nous donnait ses soins :

«Ne le trouvez-vous pas mieux qu'hier ? — ^Beaucoup moins .»

Et ses yeux se mouillaient de larmes, et les miennes

Se mettaient â couler, voyant couler les siennes.

Puis elle me disait : a Pourquoi gémir ainsi?

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