‹ Poésies (volume 2)Chapitre 38 sur 72 · ACCABLEMENT · texte numérisé non relu

ACCABLEMENT

« De précoces chagrins sont d'utiles leçons ;

a Ils cimentent parfois quelque destin suprême ;

a Carrhomme est le premier complaisant de soi-même.»

Bien plus que le présent ravenir paraît beau ,

Et, d'attente en attente, on arrive au tombeau ;

Et Ton voit de ses jours décroître la lumière

Depuis qu'on se souvient d'une aurore première ;

Et le bonheur, toujours remis au lendemain ,

Ressemble au feu follet que l'on poursuit en vain

La nuit dans la forêt , et dont l'âme épuisée

Est , au bord d'un abîme, enfin désabusée.

Quand des rires moqueurs et d'infernales voix

Éclatent et s'en vont mourir au fond des bois.

Car des esprits impurs l'allégresse est extrême

Quand un espoir s'abjure et se dit anatbème ;

Et je sais ce qu'il est d'amer dans ce réveil ,

Et je sens que j'ai fait un pénible sommeil ;

Et j'ai vu s'écouler les songes de ma vie ,

Et me voilà semblable à la source tarie

Dont les feux dévorants de l'ardente saison

Ont desséché le sable et brûlé le gazon ,

A l'arbre privé d'eau , mort , et dont le squelette

Dessine sur le ciel sa triste silhouette;

Et mon œil cherche en vain tous ses enchantements;

Et la mort m'a ravi des fantômes charmants

Comme pour avertir mon âme solitaire

De ne plus demander des amours à la terre ;

Et mon cœur, dans le vide et dans l'isolement ,

dé acCablemeNî.

A senti le dernier degré d'accablement.

Et quand il est blessé par un secret outrage, Qu'une froide pâleur me couvre le visage, Que je rentre, Tœil triste et le front abattu. Personne qui me dise : « Oh ! mon ami , qu'as-tu ? « Tu souffres, je le sens, car ton âme est la mienne. .. r> Hâtez la nuit , mon Dieu , puisqu'il faut qu'elle vienne; Puisque chaque soleil à mon regard blasé Se lève chaque jour plus terne et plus usé ; Que ma barque, exposée au soleil sur la grève, Espère vainement un flot qui la soulève , L'arrache de ce bord qui fait son désespoir Et dans l'illusion la berce jusqu'au soir; Puisque rien ne peut plus me tromper sur la terre. Que le printemps sans fleurs et les bois sans, mystère N'ont plus de doux parfums et de charmantes voix ; Que tout éclat pâlit sitôt que je le vois , Que mon œil ne peut plus aimer aucune étoile Sans que la froide mort la couvre de son voile , Puisqu'enfln , m'abusant depuis que je suis né , Entre le monde et moi tout parait terminé !

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— Mai 1834. —

Te souvient-il du jour où , tout rayonnant d'aise , Nous allâmes ensemble au moulin de Genèse?

Nous nous étions promis de joyeux passe-temps Et de riants aspects naturels au printemps, Des bruits mystérieux de feuilles, doux à Tâme Comme le frôlement d'une robe de femme.

Et le balancement des rameaux des bosquets , L'abeille bourdonnant de bouquets en bouquets, Et la source élançant son onde cristalline Du tronc d'un saule vieux ou d'un mur en ruine, Et dont le flot, roulant sur le caillou nacré. D'iris, de nénuphar voit son cours diapré, Et puis le rossignol chantant dans l'aubépine,

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