LE M0I3LIN DE GÉNÉSE
Véritable séjour de quelque esprit malin ,
Demeure désolée à faire saigner Tâme,
Que partout le soleil entourait de sa flamme;
Misérable masure adossée à la tour
D'un reste décrépit de féodal séjour.
Deux contreforts ruinés soutenaient sa faiblesse,
Comme un bâton pliant aux mains de la vieillesse ;
Chaque pierre à la main eût cédé sans effort ,
Comme la dent qui branle à la tête de ir^ort.
Ses portes ne montraient pour toute fermeture
Qu'un sapin qui , des ans ayant subi l'injure,
Voyait tomber les clous de ses ais aux abois,
Et pour toute serrure une cheville en bois.
Ses fenêtres, au ciel béant et sans vitrage.
De la pluie et des vents subissaient même outrage ;
Leurs contrevents, pendus à des gonds impuissants,
Menaçaient de leur poids le crâne des passants.
Sur le haut de son toit est une girouette
Où , quand l'ombre descend , se pose la chouette ;
Son pivot, que cent ans ont peut-être rouillé,
Est de blancs excréments bizarrement souillé ;
Sa tôle représente en silhouette noire
Le museau d'un dragon où manque une mâchoire
Et qu'on entend crier, lorsque le vent le bat ,
Ainsi qu'un vieux démon blessé dans le sabbat.
Et si vous regardez près de cette demeure,
1 ont comme elle s'attriste et tout comme elle pleure :
Un puits à roue à sec offre son appareil