‹ Poésies (volume 2)Chapitre 42 sur 72 · LE MOULIN DE GENÈSE · texte numérisé non relu

LE MOULIN DE GENÈSE

Au contact disloquant des rayons du soleil ;

Là sont trois grands mûriers morts, et dont la structure

Ressemble au possédé qui subit sa torture ;

Un âne est à rattache à leurs troncs vermoulus,

Qui sur ses flancs rogneux , amaigris et velus ,

Montre une plaie en sang, que fouette sa queue

AQn d'en écarter la mouche verte et bleue ;

Puis une bergerie au couvert enfoncé :

Comme un funèbre sol s'affaisse crevassé

Sur le cercueil pourri , le cintre de sa porte

Plie aussi sous le pan de bâtisse qu'il porte ;

La racine du lierre, en plongeant dans ses murs,

Les lézarda jadis et depuis les rend sûrs ,

En proie aux coups du sort, comme on voit Fâme humaine

Déchirée, et bientôt plus forte de sa peine.

Là se cacha jadis un homme comme il faut ,

Qui sortit pour porter sa tête à Téchafaud

Lorsque la Liberté, changée en Euménide,

Fit passer sur la France un nuage livide

Qui, sans cesse jetant des ombres de son flanc

Des sentences de mort et des éclairs de sang ,

Faisait dire aux tyrans justifiés par elle :

« Voilà la liberté que vous faisiez si belle ! »

Mais le dîner se sert et Ton en donne avis.

Nous montons les degrés d'un escalier à vis , Et là-haut nous trouvons dix à douze personnes Qui furent envers nous cordiales et bonnes.

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On s'assied : le banquet , ainsi que ceux du Nord Où Ton buvait jadis la bière autour du mort , Était triste et muet ; mais à chaque convive On propose un refrain pour que la joie arrive. L'un d'eux , à l'œil tourné, tira de ses poumons Ces accents dont Bertram évoque les démons Et les morts réprouvés endormis dans la terre Que closent les arceaux du sombre monastère, La nuit , lorsque la lune aux blanchâtres reflets Rougit à la lueur de mille feux follets.

Mais voilà cependant que le jour se dépêche Et que la nuit descend silencieuse et fraîche, Que réciproquement on se touche la main ^ Et que nous, retournant par le même chemin , D'une branche coupée aux saules du rivage Nous nous improvisons un bâton de voyage.

Nous marchons, et déjà du plus prochain faubourg La sombre dentelure aux derniers feux du jour Apparaît , le champ fuit , la ville se réveille. . . Mille bruits, mille aspects frappent l'œil et l'oreille. Les hommes de l'octroi se présentent d'abord , Comme l'onde fait voir l'écume sur son bord ; Le parallèle éclat des lignes des lanternes, La retraite qui bat et s'avance aux casernes ; Des forgerons autour d'un foyer dévorant , Dont la face en sueur s'éclaire à la Rembrandt ; L'orgue sous la croisée aux guirlandes soyeuses ,

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