‹ Poésies (volume 2)Chapitre 46 sur 72 · À M. JULES-GAN0N6E · texte numérisé non relu

À M. JULES-GAN0N6E

Quand tant de séraphins ont été condamnés, Qui peut dire les fronts qui sont prédestinés? Et , pour remplir le vide aux célestes phalanges, Qui sait si Dieu n'a pas créé de nouveaux anges? Car, lorsque son courroux veut se justifier, On voit faillir le bronze et le granit plier. Et le frêle roseau devenir la colonne Où Jéhovah se plaîtà reposer son trône.

Oh ! si tu sens en toi bouillonner ces accords Qui toujours malgré nous s'échappent au dehors, Qui sont ce qu'est Taimant pour la foudre qui gronde , Le but provo(5ateur des colères du monde, Et qui font trembler, même en son contentement , Le poëte effrayé de son enfantement ; Si ton génie altier, harcelant la matière Où Tâme de nos jours se plonge tout entière.

Au déshonneur couvert de hautes dignités Sait, à brûle-pourpoint, dire des vérités ; Si de For corrupteur.offert pour ton silence Ton futur dénûment p'eut braver la puissance ; Si, méprisant la mort, tu crains de te salir, Si le sort de Gilbert ne te fait point pâlir. Je ne te retiens pjus : entre ^ans la mêlée , Dût ta muse en sortir de blessures criblée.

On ne peut dépouiller ge qui nous vient de Dieu. Pour te faire obtenir le baptême de feu.

Dans mon indignité, je t'offre Taccolade Et t'arme chevalier pour la sainte croisade.

IB CRATSAO W IffllfilAIT.

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— Janvier 48SI. —

Au pied d'une rougeâtre çt stérile colline Il est de vieux débris où ne croit que Tépine, Où rampe le serpent et' rôde le vautour.

Jadis un pâtre enfant m'en raconta Thistoire Avec tant de candeur qu'il me força d'y croire. Et je viens, mon ami, vous la dire à mon tour.

Là vivait autrefois un châtelain avare Qui jamais à la faim pressante d'un Lazare D'une miette de pain ne daigna faire don.

Aussi nul frère en quête à sa porte maudite Ne venait demander le denier ou la pite Afin d'en secourir le serf dans l'abandon.

Par d'orageuses nuits, quand la longue veillée Éclairait les vitraux de l'ogive grillée ,

LE CHATEAU DU BIENDIANT. HS

Si quelque pauvre, au loin , attiré par leur jour, Croyait y reposer sa course haletante , Rien ne venait répondre à sa voix suppliaote , Hors les dogues affreux qui hurlaient dans la cour.

Un soir, il en vint un d'une sinistre allure : Sur sqn dos affaissé tombait sa chevelure Comme un torrent d'hiver du Mont-Blanc épanché ; Son front, chauve et creusé par la ride profonde , Semblait porter écrits tous les âges du monde , Ainsi que le granit au bord du Nil couché.

« Châtelain , dit-il , ne soyez insensible ; « Ouvrez-moi : je suis vieux , et la nuit est terrible. « La forêt craque au loin sous le poids des glaçons ; « Le vent aigu du nord souffle avec violence ; a Le lac est engouirdî dans u0 morne silence , a Et mon corps est.crispé.de fun^es frissons. »

Une tonnante voix répondit : « A cette heure , « Qui donc ose troubler la paix de ma demeure? a Par un de mes varlets armé de son marteau , « Si loin de ce manoir soudain tu ne chemines , « Je vais faire clouer, vil oiseau de rapines ,

« Ton cadavre rogneux au portail du château ! »

<c — Pardonnez I Ma prière est peut-être incivile ; (c Mais , avant que d'atteindre aux portes de la ville , « Dans la neige vivant je m'ensevelirais, a Et je ne verrais plus ma famille chérie.

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