‹ Poésies (volume 2)Chapitre 47 sur 72 · LE CHATEAU DU MENDIANT · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DU MENDIANT

« Donnez-moi quelque coin dans votre bergerie, « Une loge de chien ... — Non : tu la salirais ! »

Alors le mendiant , en relevant la tête ,

Où de rire du ciel la flamme se reflète :

« Tu me crois un vil gueux; mais je suis grand seigneur.

« Malgré tous tes refus, je deviendrai ton hôte.

a — Toi seigneur!... D'où te vient illusion si haute?

« Quel est ton fief? — ^La terre. — ^Et ton nom?— Le Malheur. •

Et comme la chouette étend ses sombres ailes Afin d'en secouer de fatales nouvelles , 11 déploie à deux mains son manteau de haillons , Frappe d'un pied de fer la terre, qui fermente , S'ouvre et laisse échapper une horrible tourmente Qui l'entoure et l'emporte en de noirs tourbillons.

Et bientôt du seigneur, dans la tour isolée , Sous l'étreinte d'un nain la fille est violée , Le fils reçoit la mort en combat singulier, Et , par ce pays-là passant , la Jacquerie Fit des gens du manoir complète boucherie Et le bouleversa du donjon au cellier.

Et depuis, à l'aspect des restes du ravage , De tout baron cruel a pâli le visage ; Et le temps n'use point ce qu'ils ont d'oflrayant. Le chevreau se refuse à brouter ces décombres, Où le pâtre, la nuit, voit de sanglantes ombres. On les appelle encor Château du Mendiant.

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