M A BL CHARLES NODIER
Voir du ciel avec toi les abîmes sans fond ,
Et descendre à mon gré sur ce pic solitaire , Éternel casse-cou des enfants de la terre , Où , dans un château fort aux murs de diamants, La gloire s'abandonne à nos embrassements !
Mais, comme un voyageur au front des pyramides Grave parfois le nom de ses amis timides , Ta généreuse main au roc voisin des cieux Daigna mêler mon nom à des noms glorieux.
De mon silence ingrat calmant l'inquiétude , Je viens t'en témoigner enfin ma gratitude.
Mais la saison pour moi semble avoir desséché La source aux flots divins d'où l'art est épanché : Tourmentant de mes nuits la stérile insomnie , Je n'ai pu rencontrer que la pâle harmonie Du vers lâche et coulé dans le moule vieilli Dont le classique À.... était enorgueilli.
Oh ! que les longs étés sont monotones , tristes , Et que leur ennui pèse à Tâme des artistes I Le démon poétique est en vain évoqué Quand , doublant la chaleur dont on est suffoqué , De son haleine flasque ei&eurant le visage , Le vent d'Alger sur nous n'apporte aucun nuage , Quand le chien essoufilé cherche le corridor Et sur son pavé froid tombe , s'allonge et dort. Quand de nos boulevards le ciel chauffant la dalle , Sur leurs ormeaux poudreux fait crier la cigale .
A M. CHARLES KODUSIL t»
Qui semble accompagner de son chant ennuyeux
Les flammes du soleil qui dansent à nos yeux.
Luise et tonne bientôt la vapeur salutaire
De Forage qui doit désaltérer la terre ,
De liquides saphirs affaisser les rameaux
Et faire secouer les ailjss des oiseau^ ^
Reverdir les festons des touffes de liane
Qui pendent aux arcQaux du temple de Diana ,
Changer le cirque aride en un riant jardin ,
Et vers Therbe poussant aux fentes du gradin
Du concierge commis à Timmense ruine
Ramener le bélier à la cloche argentine ,
Qui , frappant Fair plus frais de son doux bêlement ,
Réveille seul l'écho du vaste monument,
Théâtre ensanglanté des voluptés de Rome ,
Où l'homme s'égorgeait pour le plaisir de l'homme ,
Où s'amassaient les flots de ce peuple géant ,
Pareils dans leur murmure à ceux de l'Océan !
Alors l'image forte et Timage naïve
Aux intimes labeurs rendent mon âme active.
Tantôt c'est le matin, sous un nuage noir.
Qui semblé nous couvrir des mystères du soir;
Et tantôt c'est le soir dont les clartés soudaines
Simulent le matin et blanchissent nos plaines;
Car, après tant de jours d'un -soleil ennuyeux,
Les teintes d'un orage émerveillent les yeux.
Mais du ciel , embrasé d'ardentes étincelles ,
m A H. CHARLES NODIBB.
Ma muse Jialetante , en déployant ses ailes , Tombe comme l'oiseau que le plomb a blesse Ou comme un cerf-volant dont le fil s'est cassé , Et, tristement réduite aux terrestres demeures , Odalisque oubliée, elle passe ses heures Attendant que, porté sur la fraîcheur du soir. L'esprit harmonieux lui jette le mouchoir.
Et , pour lui rendre encor Timage plus flatteuse. Elle est comme la nef à la foi courageuse Qui, partant de nos bords, au bruit de son canon. Pour conquérir un monde et lui donner son nom , Au point le plus brûlant de la mer Pacifique Sent arrêter soudain son élan héroïque , Voit le long de ses mâts tomber ses pavillons , L'atmosphère sans souffle et la mer sans sillons , Et, dormant tristement sur ses eaux assoupies Ainsi qu'un poisson mort sur des ondes croupies. Impatiente , attend que le vent revenu La pousse, s'il ^epeut, au rivage inconnu.
Oh ! si bientôt, plus frais, le réveil du zéphyre , Arrondissant ma voile, ébranle mon navire, Creuse de l'océan l'immobile miroir Et ravive en mon âme un poétique espoir, Si je puis saluer quelque île fortunée , Si l'on voit de ses fleurs ma poupe couronnée , De retour dans le port, d'un doigt reconnaissant, Je les détacherai pour t'en faire présent.
ILt§ QimïL P®STS3.
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En vain de ma lugubre voie
Tu voudrais me faire sortir.
Tu veux que je chante la joie , Que mes vers désormais aient Téclat du plaisir : Des larmes malgré moi mouilleraient mon sourire ,
Et d'involontaires douleurs S'échapperaient des cordes de ma lyre ;
Mon génie est né de mes pleurs.
Vois-tu l'arbre mélancolique
Pencher sur l'ivresse bachique
La tristesse de ses rameaux ,
Le pampre, aux bords d'une eau dormante,
LIS DBDX POn».
Unir sa tige caressante
A robélisque des tombeanx?
Un génie dUafle dorée Toajonrs sur ta tête adorée Suspendit ses festons de fleurs.
On dit qn il berçait ton enfance , Et que le jour de ta naissance Fut sans matemdies douleurs.
De tes palmes jeunes encore Jamais un soutDe qui dévore N*a fait exhaler des soupirs ; Toutes tes aurores sont belles , Toutes tes amitiés fidèles ; Les destins sont dans tes désirs.
Aimable enfant de Tharmonie , Tu vois des ailes au génie Et tu n'en vois pas à F Amour; Et ton avenir se présente Ainsi qu'une f6te brillante Où tu dois assister un jour.
I^aisso de ton joyeux navire, I«aisse le souflle du zéphyre Arrondir la voile d'azur , La sylphide voluptueuse
LES J>EI}X PQpSXiy. ^
Suivre ta course liçirmonieuse Sur les eaux du lac calme et pur.
Dis-nous, ami, dis-nous la joie, La grâce qu'une Hébé déploie Dans la fraîcheur de son matin , Épanchant de Fume dorée L'ivresse en cascade empourprée Aux Anacréons d'un festin ;
Ou les colombes de Cythère S'élançant du bois solitaire Et parcourant l'azur des cieux , Brillantes sibylles des belles , Ne semant sous leurs blanches ailes Que des présages amoureux.
Mais, sans appui dans ma détresse.
Moi que le dieu qui te caresse A mis au rang de ses martyrs , C'est l'infortune qui m'enflamme; Ma lyre est l'écho de mon âme , Et ses accents sont des soupirs.
Dans le sombre ennui qui m'oppresse , J'ai trouvé les chants d'allégresse Moihs doux que les hymnes de deuil ; Et, dans leur rigueur infinie,
4fa LES DEUX POETESL
Mes maux , revêtus d'harmonie , Sont presque doux à mon orgueil.
J'aime ces décombres antiques
Où des fantômes héroïques ,
La nuit, errent silencieux ,
Où le passé se fait entendre
De ces tombeaux veufs de leur cendre ,
De ces temples veufs de leurs dieux.
Il me faut des deux noirs d'orages, Des flots troublés et sans rivages , Un esquif haï parle sort Et dont la poupe mutilée , Toujours d'un long crêpe voilée , Vogue sans cesse vers la mort.
Ah ! s'il est vrai que le poëte Souvent, dans sa terreur secrète, Lorsque tout voit le ciel serein , Sous l'horizon courbant sa vue, Sait la catastrophe imprévue Qui voilera le lendemain ,
Je le sens et n'ose le croire.
Si le fantôme de la gloire M'invite un jour à son autel.
C'est des foudres de la tempête Qu'elle allumera sur ma tête Le rayon qui rend immortel,