‹ Poésies (volume 2)Chapitre 49 sur 72 · M A BL CHARLES NODIER · texte numérisé non relu

M A BL CHARLES NODIER

Voir du ciel avec toi les abîmes sans fond ,

Et descendre à mon gré sur ce pic solitaire , Éternel casse-cou des enfants de la terre , Où , dans un château fort aux murs de diamants, La gloire s'abandonne à nos embrassements !

Mais, comme un voyageur au front des pyramides Grave parfois le nom de ses amis timides , Ta généreuse main au roc voisin des cieux Daigna mêler mon nom à des noms glorieux.

De mon silence ingrat calmant l'inquiétude , Je viens t'en témoigner enfin ma gratitude.

Mais la saison pour moi semble avoir desséché La source aux flots divins d'où l'art est épanché : Tourmentant de mes nuits la stérile insomnie , Je n'ai pu rencontrer que la pâle harmonie Du vers lâche et coulé dans le moule vieilli Dont le classique À.... était enorgueilli.

Oh ! que les longs étés sont monotones , tristes , Et que leur ennui pèse à Tâme des artistes I Le démon poétique est en vain évoqué Quand , doublant la chaleur dont on est suffoqué , De son haleine flasque ei&eurant le visage , Le vent d'Alger sur nous n'apporte aucun nuage , Quand le chien essoufilé cherche le corridor Et sur son pavé froid tombe , s'allonge et dort. Quand de nos boulevards le ciel chauffant la dalle , Sur leurs ormeaux poudreux fait crier la cigale .

A M. CHARLES KODUSIL t»

Qui semble accompagner de son chant ennuyeux

Les flammes du soleil qui dansent à nos yeux.

Luise et tonne bientôt la vapeur salutaire

De Forage qui doit désaltérer la terre ,

De liquides saphirs affaisser les rameaux

Et faire secouer les ailjss des oiseau^ ^

Reverdir les festons des touffes de liane

Qui pendent aux arcQaux du temple de Diana ,

Changer le cirque aride en un riant jardin ,

Et vers Therbe poussant aux fentes du gradin

Du concierge commis à Timmense ruine

Ramener le bélier à la cloche argentine ,

Qui , frappant Fair plus frais de son doux bêlement ,

Réveille seul l'écho du vaste monument,

Théâtre ensanglanté des voluptés de Rome ,

Où l'homme s'égorgeait pour le plaisir de l'homme ,

Où s'amassaient les flots de ce peuple géant ,

Pareils dans leur murmure à ceux de l'Océan !

Alors l'image forte et Timage naïve

Aux intimes labeurs rendent mon âme active.

Tantôt c'est le matin, sous un nuage noir.

Qui semblé nous couvrir des mystères du soir;

Et tantôt c'est le soir dont les clartés soudaines

Simulent le matin et blanchissent nos plaines;

Car, après tant de jours d'un -soleil ennuyeux,

Les teintes d'un orage émerveillent les yeux.

Mais du ciel , embrasé d'ardentes étincelles ,

m A H. CHARLES NODIBB.

Ma muse Jialetante , en déployant ses ailes , Tombe comme l'oiseau que le plomb a blesse Ou comme un cerf-volant dont le fil s'est cassé , Et, tristement réduite aux terrestres demeures , Odalisque oubliée, elle passe ses heures Attendant que, porté sur la fraîcheur du soir. L'esprit harmonieux lui jette le mouchoir.

Et , pour lui rendre encor Timage plus flatteuse. Elle est comme la nef à la foi courageuse Qui, partant de nos bords, au bruit de son canon. Pour conquérir un monde et lui donner son nom , Au point le plus brûlant de la mer Pacifique Sent arrêter soudain son élan héroïque , Voit le long de ses mâts tomber ses pavillons , L'atmosphère sans souffle et la mer sans sillons , Et, dormant tristement sur ses eaux assoupies Ainsi qu'un poisson mort sur des ondes croupies. Impatiente , attend que le vent revenu La pousse, s'il ^epeut, au rivage inconnu.

Oh ! si bientôt, plus frais, le réveil du zéphyre , Arrondissant ma voile, ébranle mon navire, Creuse de l'océan l'immobile miroir Et ravive en mon âme un poétique espoir, Si je puis saluer quelque île fortunée , Si l'on voit de ses fleurs ma poupe couronnée , De retour dans le port, d'un doigt reconnaissant, Je les détacherai pour t'en faire présent.

ILt§ QimïL P®STS3.

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En vain de ma lugubre voie

Tu voudrais me faire sortir.

Tu veux que je chante la joie , Que mes vers désormais aient Téclat du plaisir : Des larmes malgré moi mouilleraient mon sourire ,

Et d'involontaires douleurs S'échapperaient des cordes de ma lyre ;

Mon génie est né de mes pleurs.

Vois-tu l'arbre mélancolique

Pencher sur l'ivresse bachique

La tristesse de ses rameaux ,

Le pampre, aux bords d'une eau dormante,

LIS DBDX POn».

Unir sa tige caressante

A robélisque des tombeanx?

Un génie dUafle dorée Toajonrs sur ta tête adorée Suspendit ses festons de fleurs.

On dit qn il berçait ton enfance , Et que le jour de ta naissance Fut sans matemdies douleurs.

De tes palmes jeunes encore Jamais un soutDe qui dévore N*a fait exhaler des soupirs ; Toutes tes aurores sont belles , Toutes tes amitiés fidèles ; Les destins sont dans tes désirs.

Aimable enfant de Tharmonie , Tu vois des ailes au génie Et tu n'en vois pas à F Amour; Et ton avenir se présente Ainsi qu'une f6te brillante Où tu dois assister un jour.

I^aisso de ton joyeux navire, I«aisse le souflle du zéphyre Arrondir la voile d'azur , La sylphide voluptueuse

LES J>EI}X PQpSXiy. ^

Suivre ta course liçirmonieuse Sur les eaux du lac calme et pur.

Dis-nous, ami, dis-nous la joie, La grâce qu'une Hébé déploie Dans la fraîcheur de son matin , Épanchant de Fume dorée L'ivresse en cascade empourprée Aux Anacréons d'un festin ;

Ou les colombes de Cythère S'élançant du bois solitaire Et parcourant l'azur des cieux , Brillantes sibylles des belles , Ne semant sous leurs blanches ailes Que des présages amoureux.

Mais, sans appui dans ma détresse.

Moi que le dieu qui te caresse A mis au rang de ses martyrs , C'est l'infortune qui m'enflamme; Ma lyre est l'écho de mon âme , Et ses accents sont des soupirs.

Dans le sombre ennui qui m'oppresse , J'ai trouvé les chants d'allégresse Moihs doux que les hymnes de deuil ; Et, dans leur rigueur infinie,

4fa LES DEUX POETESL

Mes maux , revêtus d'harmonie , Sont presque doux à mon orgueil.

J'aime ces décombres antiques

Où des fantômes héroïques ,

La nuit, errent silencieux ,

Où le passé se fait entendre

De ces tombeaux veufs de leur cendre ,

De ces temples veufs de leurs dieux.

Il me faut des deux noirs d'orages, Des flots troublés et sans rivages , Un esquif haï parle sort Et dont la poupe mutilée , Toujours d'un long crêpe voilée , Vogue sans cesse vers la mort.

Ah ! s'il est vrai que le poëte Souvent, dans sa terreur secrète, Lorsque tout voit le ciel serein , Sous l'horizon courbant sa vue, Sait la catastrophe imprévue Qui voilera le lendemain ,

Je le sens et n'ose le croire.

Si le fantôme de la gloire M'invite un jour à son autel.

C'est des foudres de la tempête Qu'elle allumera sur ma tête Le rayon qui rend immortel,

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