‹ Poésies (volume 2)Chapitre 5 sur 72 · NOTICE. XI · texte numérisé non relu

NOTICE. XI

Que ne peut le penser uii vulgaire imbécile ; Aujourd'hui la cuisine est mère des grands noms; La Gloire à ses fourneaux allume ses rayons ; Aujourd'hui, sans manger on ne saurait rien faire, On mange à rinstitut, on mange au ministère; On délibère à table, et par un beau côté Les Français, à la fin, suivent l'antiquité.

Voilà, Durand , voilà ce que peut ta science ! Connais par ses effets quelle est ton importance ; Reste toujours fidèle à ce noble métier.

Puisses-tu longtemps vivre, et vivre cuisinier!... Mais ton art, malgré moi s'emparant de ma lyre, De son premier objet éloigne mon délire ; J'abandonne Hiéron pour Castor et Pollux.

Retournons aux héros dont je ne parlais plus ; Que mon sujet soit un. Montre-moi, je te prie, La salle qu'en entrant leur cohorte a choisie... La voilà!... Mais qui peut rendre un pareil tftbMp? Ma main , ma faible main sent trembler le pinceau ! (ntrépides mangeurs, leur mâchoire indomptable Dévore en moins de rien ce qui parait sur table ; Le fracas de leurs dents doit s'entendre au dehors ; Et, luttant à l'envi de bachiques transports, Chacun d'eux, opérant merveilles sur merveilles, Dans sa soif héroïque a vaincu dix bouteilles...

G mes amis, buvons!... J'ai fatigué ma voix, J'ai séché mon gosier à chanter vos exploits.... Buvons!... Encore un coup! à la santé des braves De toutes lois d'honneur magnanimes esclaves !

IJI NQTICK.

Surtout à la santé du buveur triomphaut Inébranlable encor quand tout est chancelant!

Iftmes, 1820.

En lisant ces vers où tant de verve comique abonde, en songeant au caractère si différent des accents que, depuis cette époque, la môme voix a fait entendre, on se prend d'abord à réfléchir tristement sur les vicissitudes de la destinée humaine ; mais lorsqu*on voit ensuite combien le poëte s'est élevé dans les afflictions , on se console, on adore les décrets suprêmes , et l'on accepte avec courage cette lutte où l'âme se développe dans tout son éclat , dans toute sa grandeur divine.

Un membre de la société où furent lues ces joviales inspirations fit représenter un vaudeville sur le théâtre de Nîmes , et pria Reboul d'écrire, pour la joindre à cetti pièce, une cantate sur la guerre d'Espagne. La cantate fut chantée aux grands applaudissements du public , et révéla aux Nîmois un vrai talent poétique. Elle se terminait par cette strophe :

Jadis le fier Ibérien

Nous reprochait une défaite :

Le monde aujourd'hui n'a plus rien

Qui n'ait subi notre conquête. *

Des preux tombés à Ronceveaux

Que Tombre sanglante s'apaise:

Nous triomphons sur leurs tombeaux ;

La victoire est encor française I

NOTICI. Xllt

La solitude plusieurs fois renouvelée autour 46 lui par la perte d*un père, d'une môre et de deux femmes, toute cette série de douleurs domestiques qui se déploient auprès du eercueil durent tourner Tesprit de Reboul vers les tristes méditations et faire vibrer la corde plaintive. Les révolutions politiques entraînèrent bientôt son imagination dans des voies nouvelles, et lui donnèrent ces teintes sérieuses et mélancoliques qui sont restées le caractère de sa poésie. En 1828 la Quotidienne ipublm et divers journaux répétèrent l'Ange et V Enfant avec d'unanimes éloges. Nul chant de Reboul n'a trouvé autant d'admirateurs ; la peinture, la musique et la sculpture se sont inspirées à l'enyi de cette composition d'un sentiment si religieux eisi pur que Ton croit voir, & travers la transparence de la pensée et des vers , la rayonnante et douce figure de l'ange planant avec amour sur le berceau de l'enfant. M. de Lamartine, étonné , applaudit par une Harmonie , et chanta le Génie dans robseurité. Reboul répondit , et ce fut entre les deux poètes un noble échange, une joute courtoise dignement soutenue. Dans quelques-unes de ces lignes qui jettent la gloire sur un nom M. de (Chateaubriand s'est plu à mettre en lumière celui du poëte^oulanger.

En 1855 M. Alexandre Dumas, passant & Nimes, vint le visiter, annoncé par une lettre de M. le baron Taylor. Il a écrit Jui-méme avec l'esprit et le talent dramatique qui le distinguent cette visite où, ravi

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