XIV NOTICE
des beaux vers que Reboul exhumait pour lui de son modeste secrétaire, il le décida à publier son premier recueU. Ce volume parut en 1836 sous les auspices de M. de Lamartine et de M. A. Dumas ; il a eu cinq éditions, aujourd'hui complètement épuisées.
Un jour du mois de juillet 1858 , Fauteur des Martyrs , visitant quelques cités du Midi , poussait une reconnaissance jusques à Cannes afin d'étudier, pour les décrire dans ses Mémoires d'Outre-Tombe, les lieux où Bonaparte débarqua aux GenWours.
A Ntmes , M. de Chateaubriand , avec la courtoisie et la grâce du génie , s'empressa de conduire sa muse vers celle de son humble frère en poésie. Quand le secrétaire de l'illustre voyageur demanda Reboul , ce fut le boulanger lui-même qui vmt répondre et donner son heure , celle où commence un peu de repos après le labeur de la journée. Quel ne fut pas son ' étonnement lorsqu'il vit sur la carte qui lui fut remise le grand nom de Chateaubriand ! Il se confondit en excuses et se hâta de retenir le noble visiteur.
Au mois d'avril 1839, Jean Reboul vint â Paris publier son poëme du Dernier Jour. Paris l'étonna sans l'éblouir. Accueilli, fêté par les écrivains les plus célèbres et plusieurs des notabilités de notre époque , il parut dans de brillants salons , et retourna bientôt avec bonheur à sa laborieuse existence , à ses anciennes habitudes. A Ntmes sa vie est retirée ; il s'est fait une loi de n'accepter aucune invitation. Il n'en
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est pas moins connu et aimé. Son intimité se compose d'hommes du barreau, d'ecclésiastiques, de jeunes gens dont quelques-uns sont poètes.
Ainsi qu'on en peut juger par le portrait placé en tête de cette édition , Reboul paraît doué d'une constitution robuste ; ses épaules sont larges, un peu voûtées ; il a quelque lenteur dans la démarche. Sa tête, dont les lignes sont nobles et distinguées, porte les rides du travail, surtout au front, que couronne une abondante et noire chevelure. Ses yeux , qu'ombrage un épais sourcil, sont de ces yeux puissants et veloutés faits pour exprimer l'amour ou la haine, comme le dit A. Dumas. Quoique grave et anstére, sa figure est d'une grande mobilité, et ne peut être parfaitement comprise qu'après avoir été vue au jour d'impressions diverses. H cause peu et bien. Il fume beaucoup, et plus d'une fois les soucis du jour s'envolent avec les ondulations de la fumée qui appelle la rêverie et les songes menteurs. Il est parfois distrait ; sa conversation s'anime souvent d'une pointe d'aimable gaieté et d'inoffensive plaisanterie ; c'est un homme foncièrement juste et mesuré. Sa diction est lente et sentie ; lorsqu'il lit , son bras s'étend , sa main se ferme, à l'exception de l'index, qui suit le mouvement de la pensée et du vers. M. Dumas est d'une ingénieuse fidélité lorsqu'il décrit le travail de la boutique, le costume du maître, costume très-simple, mais très-fropre , et tenant un milieu sévère entre le