PROMENADE SUR MER. 4SS
Pour mieux te dérober au reste de la terre, Que n'ai-je en mon pouvoir une île solitaire ! Ses bocages, pour nous plus verts et plus épais. Doubleraient le mystère et l'ombrage et le frais ; Les roses au zéphyr, avec plus de délices, Livreraient le parfum de plus brillants calices. Là serait ce bonheur que nous cherchons en vain , Chaque feuille agitée aurait un bruit divin ; Là ,»dans un même élan nos deux âmes unies.
Exhaleraient au ciel les mêmes harmonies , Comme sur le gazon deux limpides ruisseaux Confondent leur murmure en mariant leurs eaux ; Là , le bras appuyé sur tes blanches épaules. Je te révélerais les suaves paroles Que, pour me consoler, en des rêves heureux A dit à mon oreille un esprit généreux .
Ainsi de notre vie, en ce secret asile, Le cours s'achèverait transparent et tranquille ; Dans le sein du bonheur nous nous verrions vieillir ; La mort même, la mort ne viendrait nous cueillir Que comme un fruit mûri dans la saison d'automne, Non pas dans l'appareil que la terreur lui donne, Mais calme, et revêtant la fraîche majesté De la nuit qui descend sur un beau jour d'été.
Mais je parle du ciel , et la terre m'appelle : Les tours de la cité sonnent l'heure cruelle
m PROMENADE SUR M£R.
Oi ton père inflexible a fixé ton retour.
Ah! quand le Temps se sert des ailes de TAmour, Sur les pauvres humains comme il passe rapide ! Déjà l'esquif par toi se détourne , et me guide Vers ces murs dont le bruit commence à me saisir Et que j'avais laissés avec tant.de plaisir.
Pourquoi , pourquoi le ciel te créa-t-il si belle? Ainsi qu'aux temps passés si quelque bonne Urgèle Accomplissait les vœux en amour, oh ! mon bien Serait que ton regard ne charmât que le mien. . . Avant de me quitter, que ta bouche m'assure Par tout ce qui déteste ou punit le parjure.
Par le ciel et l'enfer, par les sylphes charmants Qui font joindre, le soir, les lèvres des amants. Par le poignard caché sous le manteau farouche , Qui va d'une infidèle ensanglanter la couche , Que jamais. . . Mais ces mots outragent ; je maudis Cette crainte infernale au sein du paradis !
Ah ! le jaloux amour s'accable de lui-même. . . Mais, je le vois, tu prends en pitié mon blasphème, Ton sourire me dit que tu sais pardonner.
A cet heureux espoir j'aime à m'abandonner.
Adieu... Mais à demain; songe, mabien-ahnée, Que ma barque t'attend à l'heure accoutumée.