‹ Poésies (volume 2)Chapitre 56 sur 72 · APPARITION · texte numérisé non relu

APPARITION

Les lieux d'où le trépas te fraya ton passage De mornes appareils sont encor tout remplis : Le miroir dont Téclat renvoyait ton image De ses longs voiles blancs n'a pas quitté les plis ;

Ta lampe, sèche d'huile, y pend là sans lumière Et la couche est encor comme tu la laissa ; Sur le triste parquet repose la poussière Qu'y fit tomber, le jour où ton œil s'éclipsa,

Le rameau de laurier trempé dans l'eau bénite Que la famille en pleurs aspergea sur ton corps Lorsqu'on l'eut revêtu de l'habit carmélite Et qu'on eut récité les prières des morts.

Et quand je dors, pourtant, pendant la nuit livide, Une main, de mon lit agitant les rideaux.

Fait sur mon front brûlant passer un souffle humide Comme celui qui sort des voûtes des tombeaux ;

Et j'aperçois errer dans mon alcôve obscure Un bras qui porte un cierge à la pâle lueur.

Et je ne sais quel sombre et funèbre murmure Me couvre tout à coup d'une froide sueur.

Et je te vois pleurer, et ta tête s'incline Et laisse sur mon sein abattre ses cheveux,

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