‹ Poésies (volume 2)Chapitre 69 sur 72 · BOHÉMIENNES · texte numérisé non relu

BOHÉMIENNES

«-Nimef,l8S5. ~

La poésie en est dégoûtante , mais forte :

Un terrain semé d'os, une eau gluante et morte I^ue le soleil corrompt et ne peut dessécher ; i^oisin de Tabattoir et de la grande route , Ce lieu ^ n'a qu'un gazon misérable et que broute Le reste d'un troupeau conduit par un boucher.

L'olivier maladif à ses branches chétives N'y montre, en la saison, que de rares olives. Et si maigres que l'œil souffre à les regarder ; Son tronc se rabougrit, à la poussière en proie,

* 1^6 Gadereau, bivouac ordinaire des Bohémiens à Nlmos.

Comme Tenfant trouvé que Manchester envoie Vieillir avant le temps dans Fusine à carder.

Là, sous Tarche d'un pont, par ses feux calcinée , Vit des Bohémiens la tribu basanée Pôle-môle avec Tâne aux flancs secs et velus. Des femmes aux cheveux crépus, aux mains suspectes. Dépècent des quartiers de charognes infectes Que les chiens ont flairés et qu'ils n'ont pas voulus.

Là j'ai vu s'accroupir tes deux vieilles sorcières

Et lu sur leurs fronts noirs, dans leurs fauves paupières

Le drame que J'enfer a joué dans leur cœur :

Feux lubriques soufllés sur la vierge novice ;

Nouveau né que l'on sèvre avec un maléfice,

Et qui dans quelques jours se décolore et meurt ;

Cimetières fouillés, chevelure coupée De la tète de c«ux qui sont morts par l'épée ; Sucs pour avortements ; mots et signes pervers Qui dans le plus riant et plus gras pâturage , Tandis que le pasteur repose sous l'ombrage.

Font tomber la brebis et la couvrent de vers.

Oh ! c'est sublime et vrai ! Cette rapide ébauche Mieux qu'un tableau fini de la nature approche. Sous ces deux types-là tout entier tu ressers , Peuple à faim de vautour, à l'instinct de chouette, Que nul ciel ne captive et que nul sol n'arrête, Qui vis de la voirie et qui jettes des sorts.

XA VACIUI.

Voyez cette qef, dont la voile Brille d'or, de pourpre et d*azur.

Glisser sur Teau comme Tétoile Qui traverse un ciel calme et pur.

Sans doute sur an lit de roses , Fatigué de divins plaisirs, Ange des amours, tu reposes, Bercé du soufQe des zéphyrs

Oh ! viens aborder dans notre île!

Les ombrages y sont si doux !...

Mais, voyez, à nos vœux docile, Comme il se dirige vers nous î

Tressez des guirlandes légères.

Parez votre front ingénu !

m LA NACEIXE.

Mortel ou dieu , jeunes bergères , Qu'il soit ici le menvenu !..

Mais d'effroi mon âme est glacée..* Ciel ! à mon œil épouvanté Dans une barque fracassée S'offre un jeune homme ensanglanté !

a Creusez mon réduit funéraire , a Faites cette aumône à mon deuil , « Dit-il. J'ai reçu le salaire « Que le ciel réserve à l'orgueil.

a Un pirate au regard avide , a Attiré par mon riche éclat , « M'a criblé d'un plomb homicide a Et laissé dans ce triste état.

« Adieu , mes amis.... Soyez sages.

a Je meurs: profitez de mon sort, « Et pour faire d'heureux voyages, a N'arborez point pavillon d'or. »

À v^vs «aws

(tSUni m'ont obYtBni Iris \)tx$.

Je le sais, âu festin servi par la louange

Le poëte pieux parfois s'oublie et change,

Et reçoit sur Tautel qu'il s'élève en son cœur

Un encens qu'il devrait renvoyer au Seigneur,

Qui de la poésie est la source première

Et dont tout l'art humain n'est qu'un froid plagiaire ,

A celui qui jeta l'existence au néant

Comme un manteau superbe au dos d'un mendiant ,

Sublime créateur du merveiUgux poëme.

Qui, changeant ses accords^ste toujours le même,

Chantre vraiment divin donMI^wa^ illimité

Fait prendre au sérieux son immmalité ,

Dont la lyre épancha de ses cordes fécondes

Des strophes de soleils et des hymnes de mondes ,

Page 1