‹ Poésies (volume 3)Chapitre 37 sur 68 · Outils di» pêche · texte numérisé non relu

Outils di» pêche

LE MOULIN DE GÉNÈSE

Qui jusques en tronçon dans la poêle frétille ;

Et les petits poulets et les petits canards

Avec leur marcher lourd et leurs cris nazillards ;

Et le coq-d inde et l’oie 'a l’appétit vorace ,

Vers l’écluse a plein bord menant sa jeune race ,

Ou venant furieuse au mendiant suspect Tourmenter les haillons des ailes et du bec ;

Et le coq frappant l’air de son hardi ramage ;

Et le paon étalant son soleil de plumage ;

Et les bêlans troupeaux , le sifflet du pasteur Qui dirige leur marche et presse leur lenteur , Quand le soleil du soir, dorant leur blanche laine , Leur dit que pour l’étable il faut quitter la plaine ; Et le chien aux longs poils , au collier hérissé ,

Que le loup le plus fort n’a jamais terrassé ;

Bref, ce qui constitue une ferme opulente.

Mais comme le réel détrompa notre attente !

ISous nous imaginions dans notre esprit subtil Qu’un mois d’avril toujours ressemble au moisd’avril; Et nous allions tous deux en parfaite ignorance

4e ÉDITION.

IG

LE MOULIN DE GENÈSE

Si le bien de la terre était dans la souffrance.

Voila qu’un paysan portant un sac de peau ,

Que tu connus et qui nous ôta le chapeau ,

Nous dit : Nous aurions bien besoin d’un peu de pluie; Mais on est si méchant que le ciel nous oublie.

A quelques pas de la ? nous vîmes trois serpens , Dans un fossé tari , qui s’en allaient rampans La campagne était jaune , exténuée , avide ,

Comme un enfant qui presse une mamelle vide ;

Un vent sec et brûlant , dévoilant un ciel bleu , Soulevait du chemin une poussière en feu ,

Les arbres ne montraient que quelques feuilles rares. Et ne jetaient sur nous que des ombres avares.

Rien du printemps , sinon quelque grillon au loin Qui chantait isolé dans un maigre sainfoin.

Nous marchions suffoqués de chaleur, et le Vistre S'offrit a mes regards sous un aspect sinistre.

On aurait dit le Styx dont le fond découvert Eût été desséché par les feux de l’enfer ,

L'a , trois pauvres canuts barbotant en famille

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Cherchaient dans des bas-fonds une fangeuse anguille. Enûn à nos regards vient s'offrir ce moulin , Véritable séjour de quelque esprit malin ,

Demeure désolée à faire saigner l ame ,

Que partout le soleil entourait de sa flamme ; Misérable masure adossée à la tour D'un reste décrépit de féodal séjour.

Deux contreforts ruinés soutenaient sa faiblesse , Comme un bâton pliant aux mains de la vieillesse , - Chaque pierre à la main eut cédé sans effort ,

Comme la dent qui branle à la tête de mort.

Ses portes ne montraient pour toute fermeture Qu'un sapin qui, des ans ayant subi l'injure ,

Voyait tomber les clous de ses ais aux abois ,

Et pour toute serrure une cheville en bois.

Ses fenêtres au ciel béant et sans vitrage,

De la pluie et des vents subissaient même outrage , Leurs contrevens pendus a des gonds impuissans Menaçaient de leur poids le crâne des passans Sur le haut de son toit est une girouette ,

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Où , quand l’ombre descend , se pose la chouette ;

Son pivot que cent ans ont peut-être rouillé ,

Est de blancs excrémens bizarrement souillé ;

Sa tôle représente en silhouette noire

Le museau d’un dragon où manque une mâchoire ,

Et qu’on entend crier , lorsque le vent le bat ,

Ainsi qu’un vieux démon blessé dans le sabat.

Et si vous regardez près de cette demeure ,

Tout, comme elle, satiriste et tout, comme elle, pleur Un puits à roue à sec offre son appareil Au contact disloquant des rayons du soleil.

L'a sont trois grands mûriers morts, et dont la structure Ressemble au possédé qui subit sa torture.

Un âne est à l’attache a leurs troncs vermoulus ,

Qui sur ses flancs rogneux , amaigris et velus ,

Montre une plaie en sang que fouette sa queue ,

Afin d’en écarter la mouche verte et bleue.

Puis , une bergerie au couvert enfoncé :

Comme un funèbre sol s'affaisse crevassé Sur le cercueil pourri , le cintre de sa porte

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Plie aussi sous le pan de bâtisse qu'il porte.

La racine du lierre , en plongeant dans ses murs ,

Les lézarda jadis et depuis les rend sûrs :

En proie au coups du sort, comme on voit l'ame humaine Déchirée et bientôt plus forte de sa peine.

La , se cacha jadis un homme comme il faut ,

Qui sortit pour porter sa tête â Péchafaud ,

Lorsque la liberté changée en Euménide Fit passer sur la France un nuage livide ,

Qui sans cesse jetant des ombres de son flanc ,

Des sentences de mort et des éclairs de sang ,

Faisait dire aux tyrans justifiés par elle :

Voila la liberté que vous faisiez si belle !

Mais le dîner se sert et Ton en donne avis.

Nous montons les degrés d’un escalier a vis ;

Et , l'a haut nous trouvons dix a douze personnes Qui furent envers nous cordiales et bonnes.

On s'assied : le banquet , ainsi que ceux du Nord Où l’on buvait jadis la bierre autour du mort ,

LE MOULIN DE UENEsE.

Était triste et muet ; mais à chaque convive ,

On propose un refrain pour que la joie arrive.

L'un d’eux , ii’ œil tourné , tira de ses poumons Ces accens dont Bertram évoque les démons Et les morts réprouvés endormis dans la terre Que closent les arceaux du sombre monastère ,

La nuit , lorsque la lune aux blanchâtres reflets Rougit a la lueur de mille feux follets.

Mais voilà cependant que le jour se dépêche Et que la nuit descend silencieuse et fraîche,

Que réciproquement on se touche la main ,

Et que nous, retournant par le même chemin,

D une branche coupée aux saules du rivage Nous nous improvisons un bâton de voyage.

Nous marchons , et déjà du plus prochain faubourg La sombre dentelure aux derniers feux du jour Apparaît , le champ fuit , la ville se réveille...

Mille bruits , mille aspects frappent l’œil et l'oreille Les hommes de l’octroi se présentent d’abord .

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