‹ Poésies (volume 4)Chapitre 37 sur 49 · MMES · texte numérisé non relu

MMES

Et qui venaient, mêlés à la beauté vénale , Charnier leurs ennuis importuns;

Brillans efféminés, qu'on ne pouvait distraire, Tant l'abus du plaisir avait blasé leur cœur, Que par l'émotion d'un drame sanguinaire Où la mort seule était acteur;

Et puis la basilique à la frise élégante, Semblable au dieu bruni des feux de l'encensoir; Des chapiteaux à jour dont les feuilles d'acanthe Semblent trembler au vent du soir;

Et le temple croulant de la triple déesse , Dans un bosquet riant étalant ses douleurs, Et qui s'offre couvert d'une ombre enchanteresse, Comme un front ridé sous des fleurs ;

Ruines où le soir vient rêver le poète,

MITES. vn

Débris qui sert d'asile à de moindres débris 5, Gomme un prince exilé donne encor la retraite A de misérables proscrits.

Diane, poursuivant son nocturne voyage, Semble y chercher encor d'un rayon désolé >9 Sur son autel fendu par le figuier sauvage , Un encens qui s'est envolé.

Et îa tour qui s'élance aux célestes campagnes, Dont le hardi sommet est voisin des éclairs , L'aqueduc qui nivelle et qui joint deux montagnes, Et porte l'onde dans les airs.

Et près de ses débris que le temps fait dissoudre , La nouvelle cité brillante de splendeur,

1. L'enceinte du temple de Diane est une espèce de musée où l'on a rassemblé des torses de statues , des tronçons de colonnes, des fragmens de chapiteaux , etc.

Comme à côté d'un tronc consumé par la foudre Un rejeton plein de verdeur.

Dans le quartier brillant que peuple le dimanche ,

Le théâtre étalant sa colonnade blanche ;

D'opulens ateliers, de larges boulevards,

Où sans peine de front pourraient voler vingt chars;

De vastes hôpitaux où le secours abonde ,

Où le ciel a mis Fange au service du monde ,

Où de l'isolement adoucissant l'horreur,

L'orphelin dit encore ou ma mère ou ma sœur;

Des ondes circulant en un jardin splendide,

Enfant miraculeux de la verge d'Armide ;

Des balustres d'albâtre entourant des bassins,

Un parterre en volute égarant ses dessins,

Et des hauts marronniers aux branches colossales,

Où parmi les bouquets de fleurs pyramidales,

Du rossignol craintif le chant est exhalé

Comme l'encens d'un vase à nos regards voilé;

Le marbre découpé par une main savante

Se dresse en déité, se déroule en acanthe,

En vase s'arrondit, s'assouplit en roseaux

Qu'affaissent des Tritons, divinités des eaux,

Et Diane, et Vénus, et Pan et le Satyre :

Tous ces dieux dont les noms ont fatigué la lyre ,

Et dont le ciel brillant à la fin a pâli

Sous les tristes vapeurs que soulève l'oubli ;

Pléiade que la muse a cessé de conduire ,

La muse qui disait anatlième au martyre,

Qui sur un lit de fleurs endormait le remord ,

Et mettait un sourire aux lèvres de la mort.

Et dont les doigts brillans de rose et de lumière,

Prodiguaient vie et grâce à l'informe matière.

Et puis nous irons voir (car décadence et deuil Viennent toujours après la puissance et l'orgueil ),

m NIMES.

Nous irons voir au bord d'une eau stationnaire , Aigue-Morte aux vingt tours, la cité poitrinaire, Qui meurt comme un hibou dans le creux de son nid , Comme dans son armure un chevalier jauni, Comme au soleil d'été, qu'il croit être propice, Un mendiant fiévreux dans la cour d'un hospice. Et puis son port bordé de huttes de roseaux, Où viennent s'amarrer quelques rares vaisseaux, Où le triste pêcheur que le besoin harcèle, Rapièce d'un vieux bois quelque vieille nacelle. Et cependant ces lieux de misère haletans, Comptent des anneaux d'or dans la chaîne des temps. Ces murs, encore intacts dans leur vieille attitude, Dont le triste gazon verdit la solitude, Étaient de l'Orient l'opulent magasin , Et voyaient affluer le turban sarrasin, Un pèlerin royal, dans ses saintes colères, Voila deux fois ces mers de ses mille galères, Alors que, plein d'ardeur dans ses pieux desseins, Il voulait du Croissant nettoyer les lieux saints.

De hauts barons couverts de leurs cottes de - mailles t Dont Venise avait joint et poli les écailles , Faisaient flotter ici sur leur casque luisant La plume de l'autruche ou celle du faisan, Et surtout la bannière aux annales célèbres Qu'exhumait Saint-Denis du fond de ses ténèbr es , Lorsque la France, ayant un danger à courir, Commandait à ses fils de vaincre ou de mourir. Deux peuples dans leurs rois ici se rencontrèrent ; Et, long-temps ennemis, sur le front se baisèrent. L'or, la pourpre, l'azur se drapaient pour des jeux, Et luttaient de splendeur avec un ciel pompeux ; Les airs portaient au loin la fanfare guerrière, Les chevaux des tournois soulevaient la poussière ; Et les dames, du haut des balcons élégans, Sur le front du vainqueur faisaient voler leurs gants.. . Et voilà que tout dort, et que de tant de fêtes Il ne nous reste plus que ces plages muettes; Que l'oiseau qui se plaint dans ses marais taris , Et dont le vol pesant heurte les tamaris;

L'onde qui sur ces bords se berce solennelle f Comme le balancier d'une horloge éternelle.

Alors, ô Lamartine ! à ces retours du sort De celui qui prétend tonner après sa mort, Et qui vient en ce lieu demander des images Pour jeter plus avant sa gloire dans les âges, Le front triste se penche, et l'orgueil se détruit De voir tant de silence où régnait tant de bruit.

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