LA NACELLE
« Creusez mon réduit funéraire, a Faites cette aumône à mon deuil , « Dit-il, j'ai reçu le salaire « Que le ciel réserve à l'orgueil .
« Un pirate au regard avide, « Attiré par mon riche éclat, « M'a criblé d'un plomb homicide, « Et laissé dans ce triste état*
« Adieu, mes amis...., soyez sages; (( Je meurs; profitez de mon sort, ce Et pour faire d'heureux voyages?
« N'arborez point pavillon d'or. »
A M. COLIN
a propos d'tne ébauche de deux tètes de bohemiennes. *
— Ni m os , 1835. —
% JE* Colin.
La poésie en est dégoûtante, mais forte :
Un terrain semé d'os, une eau gluante et morte
Que le soleil corrompt et ne peut dessécher;
Voisin de l'abattoir et de la grande route,
Ce lieu 1 n'a qu'un gazon misérable et que broute
Le reste d'un troupeau, conduit par un boucher.
î. Le Cadereau , bivouac ordinaire des Bohémiens à Nîmes,
324 A M. COLIN
L'olivier maladif, à ses branches chétives, N'y montre, en la saison, que de rares olives, Et si maigres que l'œil souffre à les regarder ; Son tronc se rabougrit, à la poussière en proie , Gomme l'enfant trouvé que Manchester envoie Vieillir avant le temps dans l'usine à carder.
Là, sous l'arche d'un pont par ses feux calcinée.
Vit des Bohémiens la tribu basanée,
Pêle-mêle avec l'âne aux flancs secs et velus.
Des femmes aux cheveux crépus, aux mains suspectes,
Dépècent des quartiers de charognes infectes
Que les chiens ont flairés et qu'ils n*ont pas voulus.
Là j'ai vu s'accroupir tes deux vieilles sorcières, Et lu sur leurs fronts noirs, dans leurs fauves paupières, Le drame que l'enfer a joué dans leur cœur : Feux lubriques soufflés sur la vierge novice; Nouveau-né que l'on sèvre avec un maléfice, Et qui, dans quelques jours, se décolore et meurt.
A M COLIN
Cimetières fouillés, chevelure coupée De la tête de ceux qui sont morts par Tépée; Sucs pour avortemens; mots et signes pervers Qui, dans le plus riant et plus gras pâturage, Tandis que le pasteur repose sous l'ombrage, Font tomber la brebis et la couvrent de vers.
Ohî c'est sublime et vrai ! cette rapide ébauche Mieux qu'un tableau fini de la nature approche. Sous ces deux types-là tout entier tu ressors, Race à faim de vautour, à l'instinct de chouette, Que nul ciel ne captive et que nul sol n'arrête, Qui vis de la voirie et qui jettes des sorts.
A TOUS CEUX