A M. L*ABBÉ F. DE LA MENNAIS
Un parftim qui retombe au sein de sa corolle , Un modeste ruisseau qui retourne à la mer.
Une angoisse accablante a submergé ton <ître; Ta veillée est semblable à celle de ton maître , Quand le calice amer s'offrit devant ses yeux. De l'esprit séducteur la perfide louange..., Les reproches divins.... ; il te faudrait un ange, Afin de t'assisler dans ce combat étrange. Qui te plonge aux enfers ou te remonte aux cieux.
Aussi noussupplîrons le Seigneur en silence Que tes jours d'autrefois pèsent dans la balance , Si sous la main du Christ encor tu te cabrais; Pour que sur ses genoux enfin tu te reposes. Et que ses doigts divins sur tes paupières closes Passent, et, les ouvrant, te fassent voir les choses Qu'il dévoilait jadis à l'ange de Cambrai !
SAl.\rE-IIKLK.\K
OU
ANATlIÊMf: f:T GLOlIî
A 31. DE CHATEALBUlANn,
ôainlc-lEjclhie,
ou
ANATHEMt: ET (iLOIlU:.
Tour à tour se croisant dans leur vol spacieux Entre l'immensité des ondes et des cicux , Entre deux univers, échos de leurs paroles , Dont les sons solennels émeuvent les deux pôles. Deux fantômes sur un écueil ,
U4 SAINTE-IIELÉNE,
Proclamant des exploits et des crimes célèbres , De sublimes lueurs ou d'horribles ténèbres Couvrent la pierre d'un cercueil.
PREMIÈRE VOIX
De l'ange , fléau du guerrier, Il eut l'épée étincelante, Le vautour suivait son sentier; Et les ailes de l'épouvante Etaient aux flancs de son coursier.
DEUXIÈME VOIX
Dans sa brillante carrière , Son coursier dans la poussière iN 'a point foulé tous les droits ; De cette comète errante , La crinière flamboyante N'a fait pâlir que les rois .
ou ANATIIK.MK ET GLOIRE. Ui
PUEMIKRK VOIX.
Plus «l'un infortuné royauni(î Eut le sort do son souverain , Et fut égorgé comme un homme Attendu sur le grand chemin : Le terrible bandit , radieux de ses crimes , Après avoir fouillé le cadavre étendu , Disait avec jactance au Français confondu : Tiens, prends ces dépouilles opimes; Nous réglerons plus tard ce qui me sera dO.
nEUXIÈMIÎ VOIX.
Accourez, accourez, jours brillans de sa vie. Chasser l'ombre de son tombeau !
Quand dans la nuit de l'anarchie
L'autorité par lui ralluma son flambeau ; Quand triomphateur, jeune encore ,
Uf. SAINTE-HÉLÈNE,
De chefs-d'œuvre captifs dotant nos muséum, Il releva l'étendard tricolore
Des turpitudes du Forum.
D'une fange sanglante il nettoya nos armes, Et, rappelant la gloire à nos fronts avilis.
Il fit de la hache des Carmes
Le noble glaive d'Austerlitz.
PREMIÈRE VOIX
Oui, mais la liberté, sa mère, Lui vint bientôt , dans sa douleur amère ,
Dire : Parricide effronté.
Je sais à quel dessein ton ame s'abandonne, Mon cadavre pourra t' exhausser jusqu'au trône : Eh bien ! punis ces flancs de t'avoir enfanté.
DEUXIÈME VOIX
Qui.,.? lui...? Domitius? Non, non, ce futOctave,
ou ANATIIÈMK ET GLOIRE. »n
Et le peuple suus lui s'ap|)luu(Jit d'Ctre esclave.
Le pcu[)lc sait ce qu'il lui doit :
Il dépouilla par lui l'ignuminie antique , Et pour faire tomber l'arroj^ance héraldique,
Il n'a qu'à le moutrer du doigt.
PREMIÈRE VOLV.
La plèbe chèrement paya cet apanage.
La Irontière n'est plus qu'un cercle de carnage.
Que de mères au désespoir!
Le tyran recrutait aux bornes de l'enfance , Barbare pourvoyeur de ce champ de vaillance ,
Qui n'était plusqu'un abattoir.
DEUXIÈME VOiX,
La plèbe s'éleva par le mode ordinaire : La rfouleur puriiie et la mort régénère, l'ont équinoxe est orageux :
U8 SAINTE-IIELÈNE,
Une vieille saison descendait dans l'abîme , Une autre apparaissait sanglante , mais sublime ;
Et tout peuple grand est heureux.
Du terrible Empereur la mémoire est bénie ; La populace encor reflète son génie , Ainsi que l'Océan le céleste (lambeau.
Accourez , accourez , jours brillans de sa vie ,
Chasser l'ombre de son tombeau.
Quand dans ses belliqueux vertiges Vers l'Orient prenant l'essor, Au sol qui vit tant de prodiges Son génie en fit voir encor ; Quand vers la grande pyramide Tournant son index intrépide Et ses regards étincelans.
Contre des forces inégales , Pour voir ces luttes colossales Il appela quatre mille ans.
ou Ai>iATHKME HT (VLOlIlR i49
Fit les quatre mille ans du pussù se levèrent,
Kl (lu surnom de grand en cliœur le proclamèrent.
Et dirent : Kniin aujourd'hui Le monde a vu s'accomplir le mystère f )e celte trinilé de gloire militaire ,
Alexandre, César et lui.
Tout léla sur ces bords son triomphe suprême ,
Le soleil redonna l'harmonie à Memnon,
Le palmier détacha ses branches de lui-même ,
Les sept bouches du Nil murmurèrent son nom ,
Et la mer le reçut , et la voix de son onde
Le redit à son tour aux quatre coins du monde.
Tous les vieux Pharaons se levèrent d'effroi ,
Kt firent tressaillir leurs tombes éternelles
l'UEMlÈRE VOIX.
La victoire à Jaffa se voila de .ses ailcf», El l'univers a su pourquoi.
Il« SAINTE-HÉLÈNE,
DEUXIEME VOIX
Et depuis , point de halte en son élan sublime . D'un immense glacier il subjugue la cime , Et tombe comme l'aigle au sol italien.
C'est un autre Anuibal sans une autre Capoue. La fortune à son char a fait don de sa roue , Et pour lui l'obstacle est moyen.
PREMIÈRE VOIX
Sa palme grandissait; mais la nuit de Vincennc , En ignoble assassin changea le capitaine! Son bras, qui rassurait, effraya le regard : Lorsqu'à la France détrompée Il voulut montrer son épée , La France ne vit qu'un poignard.
O nuit. . . î nuit homicide ,
ou ANATIlkMK ET GLOIRi:. 151
OÙ le tyran s'assit au banquet régicide , Et , jurant alliance aux e8|)rits «les enfers ,
bu sang royal emplit sa coupe ,
Et but , avec rinfamc troupe ,
A la fortune des pervers.
Dans leur complaisance féroce , Huit hommes , si ce nom appartient aux bourreaux ,
Étaient entre ses mains atroces Comme l'ignoble fer qui pend aux échafauds.
Il leur fut dit : Prenez séance; Dans les bassins de la balance Mettez la mort, et puis la mort ; Que promplement cela se fasse.
Il mesura leur temps, afin que le remords Ne pût y trouver une place.
Au tribunal accusateur Le prévenu parait , ou plutôt la victime;