A M. REMACLE
Février 1834. --
ffa Campe ^e Uiiit.
Dans un demi-sommeil plongé, de votre lit N'avez-voiis vu jamais la lampe qui pûlit , Et, mourant par degrés sous l'étreinte de l'ombre, Rend votre appartement plus lugubre et plus sombre,
Semblables aux adieux de regards défaillans, Quand ses derniers reflets sur le mur vacillans Font mouvoir vos habits pendus à l'aventure , Comme un spectre échappé de quelque sépulture. Sans fil et sans flambeau s' aventurant toujours , Alors l'esprit s'égare en de profonds détours , Catacombes sans fin, noire métaphysique.
Où du trépas scruté l'énigme se complique ; Où, lassé de chercher, l'on se retrouve seul, Les pieds embarrassés d'un funèbre linceul , Où l'on se dit ; Ainsi notre existence usée. Comme cette lueur à son huile épuisée, Un jour demandera quelques heures de plus; Mais les terrestres vœux resteront superflus ; Il faudra sans délai que notre nuit s'opère. Comme l'oiseau plaintif qu'aspire la vipère, Par le béant tombeau nos jours sont attirés; Les pieds joints et les bras le long des flancs serrés , On croit ouïr sur soi la terre qui s'écroule. Gomme un tambour drapé qui dans le lointain roule;
LA LAMPK DE NUIT. 19îi
Kt les traiiiaris versets delà sombre oraison ; Kt l'on dit au cercueil : Tu deviens ma maison ; A l'oubli : Creuse encor ma coucbe plus profonde, Pour mieux me séparer de tout contact du monde. Car si je revivais dans quelque temps , chacun Me verrait revenir comme un hôte importun; Tant ce qu'on ne voit plus , la mémoire l'oublie -, Et la place qu'on laisse est promptemenl remplie. Et voilà ce qui fait que les morts rarement Quittent pour nous parler le fond du monument ; Et Dieu seul peut savoir combien l'indifférence Dans la cité funèbre allonge la souffrance.