LA BARQUE DC PECBEIR
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Assis dans son bateau vers la chute du jour, Un pécheur réparait son filet misérable; Voilà que tout à coup un ouragan accourt : Le vent en tourbillons a soulevé le sable, Et l'amarre se rompt, et les flots en fureur Loin de terre ont jeté la barque du pécheur !
512 LA BARQUE DU PÊCnEUR.
Il chercha vainement et sa voile et sa rame , Elles étaient au bord d'où ses fils et sa femme, Impuissans, lui tendaient les bras dans leur douleur; A travers le bruit sourd de l'écumantelame. Il entendait leurs cris, ils déchiraient son ame; Mais toujours s'éloignait la barque du pêcheur.
Bientôt rien ne frappa sa paupière éperdue Que de l'onde et du ciel l'effrayante étendue Où la nuit fait encor descendre son horreur! Et le livide éclair a déchiré la nue . l'jt d'instant en instant la tempête est accrue; Et toujours s'éloignait la barque du pêcheur.
De l'aurore en pleurant il attend la lumière; Mais nul rayon d'espoir ne vient luire à son cœur ! Il se met à genoux :.« Délivrez-moi , Seigneur î « J'ai de jeunes enfans , une femme, un vieux père; (( Qui pourra, si je meurs, soulager leur misère? » Mais toujours s'éloignait la barque du pécheur.
LA BARQUE DU PÊCHEUR. 3i:
Ainsi chaque matin, trompant ses espérances, La mer ne lui montrait que des déserts immenses, Dans son vaste horizon nul point consolateur; Seulement la mouette à la voix funéraire Effleurait dans son vol la vague solitaire ! Et toujours s'éloignait la barque du pêcheur.
Mais sa joue a brillé d'une larme joyeuse ! Il voit dans le lointain de l'onde vaporeuse
Une voile il bénit le ciel libérateur;
Mais pareil à l'éclair qui luit et qui s'efface, Le vaisseau désiré disparaît dans l'espace. Et toujours s'éloignait la barque du pécheur.
Et le sud redoubla ses fougueuses haleines ;
Et dans le fond glacé des régions lointaines,
Où six mois de l'hiver domine la stupeur,
Où la vague durcie au rivage s'enchaîne ,
Où semblent vivre seuls l'ours blanc et la baleine,
Se perdit comme un trait la barque du pécheur.