‹ PoésiesChapitre 23 sur 75 · LE MOULIN DE GENÈSE · texte numérisé non relu

LE MOULIN DE GENÈSE

Qui SOUS de blanches fleurs dérobe son épine Et dont l'odeur suave, et pourtant sans crédit, Réjouit doucement Todorat et l'esprit ; Car il est un langage aux muettes paroles Qui dans chaque parfum a placé des symboles.

C'était un beau moulin que nous, avions rêvé, Qu'on entend bien avant de s'y voir arrivé , Une meunière fraîche à la joue arrondie.

Et des enfants pareils au fruit de Normandie , Et le maître meunier avec ses compagnons Otant le traversier ou menant les bignons • , Et jetant sur le bord brochet , goujon , anguille , Qui, jusques en tronçons, dans la poêle frétille ; Et les petits poulets et les petits canards Avec leur marcher lourd et leurs cris nasillards , Et le coq-d'inde, et l'oie à l'appétit vorace Vers l'écluse à plein bord menant sa jeune race, Ou venant, furieuse, au mendiant suspect Tourmenter les haillons des ailes et du1}ec ; Et le coq frappant l'air de son hardi ramage , Et le paon étalant son soleil de plumage , Et les bêlants troupeaux, le sifflet du pasteur Qui dirige leur marche et presse leur lenteur Quand le soleil du soir, dorant leur blanche laine, Leur dit que pour l'étable il faut quitter la plaine ; Et le chien aux longs poils, au collier hérissé,

' Outils de pêche.

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le loup le plus fort n'a jamais terrassé ; , ce qui constitue une ferme opiiente.

comme le réel détrompa notre attente !

s nous imaginions dans notre esprit subtil m mois d'avril toujours ressemble au mois d'avril, DUS allions tous deux en parfaite ignorance bien de la terre était dans la soufirance.

ï qu'un paysan portant un sac de peau , tu connus et qui nous ôta le chapeau , s dit : a Nous aurions bien besoin d'un peu de pluie, lis on est si méchant que le ciel nous oublie. » lelgues pas delànop vîmes trois serpents s un fossé tari , qui s'en allaient rampants, ^impagne était jaune, exténuée, avide ime un enfant qui presse une mamelle vide ; eût sec et brûlant , dévoilant un ciel bleu , evait du chemin une poussière en feu ; irbresne montraient que quelques feuilles rares e jetaient sur nous que des ombres avares.

L du printemps, sinon quelque grillon au loin chantait, isolé dans un maigre sainfoin.

3 marchions suffoqués de chaleur; et le Vistre rit à mes regards sous un aspect sinistre, lurait dit le Styx dont le fond découvert été desséché par les feux de l'enfer, rois pauvres canuts, barbotant en famille, rebaient dans des bas-fonds une fangeuse anguille, n à nos regards vient s'offrir ce mouïin ,

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Véritable séjour de quelque esprit malin ,

Demeure désolée & faire saigner TAme,

Que partout le soleil entourait de sa flamme;

Misérable masure adossée à la tour

D'un reste décrépit de féodal séjour.

Deux contreforts ruinés soutenaient sa faiblesse,

Gomme un bâton pliant aux mains de la vieillesse ;

Chaque pierre à la main eût cédé sans effort ,

Gomme la dent qui branle à la tête de iLort.

Ses portes ne montraient pour toute fermeture

Qu'un sapin qui , des ans ayant subi l'injure.

Voyait tomber les clous de sesrais aux abois,

Et pour toute serrure une cheville en bois.

Ses fenêtres, au del béant et sans vitrage,

De la pluie et des vents subissaient même outrage ;

Leurs contrevents, pendus à des gonds impuissants.

Menaçaient de leur poids le crâne des passants.

Sur le haut de son toit est une girouette

Où , quand l'ombre descend , se pose la chouette ;

Son pivot, que cent ans ontpeuWtre rouillé.

Est de blancs excréments bizarrement souillé ;

Sa tôle représente en silhouette noire

Le museau d'un dragon où manque une mâchoire

Et qu'on entend crier, lorsque le vent le bat ,

Ainsi qu'un vieux démon blessé dans le sabbat.

Et si vous regardez près de cette demeure.

Tout comme elle s'attriste et tout comme elle pleure :

Un puits â roue à sec offre son appareil

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Au contact disloquant des rayons du soleil ;

Là sont trois grands mûriers morts, et dont la structure

Ressemble au possédé qui subit sa torture ;

Un âne est à rattache à leurs troncs vermoulus.

Qui sur ses flancs rogneux , amaî ^ris et velus ,

Montre une plaie en sang, que fc uette sa queue

Afin d'en écarter la mouche vert 3 et bleue ;

Puis une bergerie au couvert eafoncé :

Comme un funèbre sol s'affaisse crevassé

Sur le cercueil pourri , le cintro de sa porte

Plie aussi sous 1 e pan de bâtisse qu'il porte ;

La racine du lierre, en plongeant dans ses murs,

Les lézarda jadis et depuis les lend sûrs ,

Enpro^ aux coups du sort, comme on voit Tâme humamf

Déchirée, et bientôt plus forte de sa peine.

Làse cacha jadis un homme ci mme il faut ,

Qui sortit pour porter sa tète à Téchaftiud

Lorsque la Liberté, changée eu Eumétiide,

fil passer sur la France un nuage livide

Qui, sans cesse jetant des ombres de son flanc

Des sentences de mort et des éclairs de sjmg ,

Faisait dire aux tyrans justifiés par elle :

« Voilà la liberté que vous faisiez si belle ! »

Mais le dîner se sert et Ton en donne avis.

N<!us montons les degrés d'un eècalier à vis , Et là-haut nous trouvons dix à douze personnes Qni furent envers nous cordiales et bonnes.

14» L£ MOULIN DE GÉNB8E.

On s'assied : le banquet , ainsi que ceux du Nord Où Ton buvait jadis la bière autour du mort , Était triste et muet ; mais à chaque convive On propose un refrain pour que la joie arrive. L'un d'eux , à l'œil tourné, tira de ses poumons Ces accents dont Bertram évoque les démons Et les morts réprouvés endormis dans la terre Que closent les arceaux du sombre monastère, La nuit , lorsque la lune aux blanchâtres reflets Rougit à la lueur de mille feux follets.

Mais voilà cependant que le jour se dépêche Et que la nuit descend silencieuse et fraîche. Que réciproquement on se touche la main , Et que nous, retournant par le même chemin , D'une branche coupée aux saules du rivage Nous nous improvisons un bâton de voyage.

Nous marchons, et déjà du plus prochain faubourg La sombre dentelure aux derniers feux du jour Apparaît, le champ fuit, la ville se réveille... Mille bruits, mille aspects frappent l'œil et l'oreille. Les hommes de l'octroi se présentent d'abord , Comme l'onde fait voir l'écume sur son bord ; Le parallèle éclat des lignes des lanternes, La retraite qui bat et s'avance aux casernes ; Des forgerons autour d'un foyer dévorant , Dont la face en sueur s'éclaire à la Rembrandt ; L'orgue sous la croisée aux guirlandes soyeuses ,

LE UOi;UN J>E GBNÈKE. «OS

Qui mêle un son plaintif à des notes joyeuses ; Le sordide atelier où les pauvres canuts, Éreintés de travail , ne sont point parvenus À gagner le pain noir de leur triste famille ; Et les chevaux du riche où la dorure brille, Qui ferme strictement les stores de son char Pour qu'un pauvre n'ait point à salir son regard ; Le somptueux kiosque aux raille luminaires, , Aux sons retentissants des harpes mercenaires, Où le monde élégant, sur le velours assis, Savoure les nectars par la glace durcis ; Le vauxhall tournoyant à la folle harmonie.

Et l'hospice qui tinte une obscure agonie Pour celui qui demain, inhumé sans cercueil.

N'aura qu'un fossoyeur pour escorter son deuil : Amalgame odieux , dont notre cœur se sen-e, De peines, de plaisir, de luxe, de misère !

Mais peut-être un peu trop j'ai chargé mes couleurs,

Soit qu'aujourd'hui la muse amante des douleurs

Aime à faire souffrir de ce qui souffre en elle

Tous les objets offerts à sa sombre prunelle,

Soit qu'une triste fée, avant notre départ.

Ait dé sa pâle main fasciné mon regard ,

Ou qu'en nos jours maudits, où tout chancelle et tombe,

L'esprit soit revêtu des teintes de la tombe ;

Que, la confusion et la mort et l'enfer

En atomes sans fin se divisant dans l'air ,

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