‹ PoésiesChapitre 25 sur 75 · LA LAMPE DE NUIT · texte numérisé non relu

LA LAMPE DE NUIT

Les pieds embarrassés d'un funèbre linceul, Où Ton se dit : a Ainsi notre existence usée , Gomme cette lueur, à son huile épuisée Un jour demandera quelques heures de plus ; Mais les terrestres vœux resteront superflus ; Il faudra sans délai que notre nuit s'opère.

Comme l'oiseau plaintif qu'aspire la vipère , Par le béant tombeau nos jours sont attirés. Les pieds joints et les bras le long des flancs serrés, On croit ouïr sur soi la terre qui s'écroule , Comme un tambour drapé qui dans le lointain roule Et les traînants versets de la sombre oraison ; Et l'on dit au cercueil : a Tu deviens ma maison ; » A l'oubli : a Creuse encor ma couche plus profonde « Pour mieux me séparer de tout contact du monde « Car si je revivais dans quelque temps, chacun « Me verrait revenir comme un hôte importun; a Tant ce qu'on ne voit plus la mémoire l'oublie, a Et la place qu'on laisse est promptement remplie, i Et voilà ce qui fait que les morts rarement Quittent pour nous parler le fond du monument; Et Dieu seul peut savoir combien l'indifférence Dans la cité funèbre allonge la souffrance.

Quoi ! ce corps délicat , am^nt des voluptés, Ces regards que les cieux enivrent de clartés.

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