‹ PoésiesChapitre 27 sur 75 · LA LAMPE DE NUIT · texte numérisé non relu

LA LAMPE DE NUIT

Quô le vin le plus pur dont Tâine est réjouie Dans le fond de la coupe a toujours quelque lie Que Famitié sacrée et le suave amour Ont besoin d'être vus sous qtielque demi-jour, Que par u^ plein soleil souvent on les blasphèn Que c'est toujours autrui qui s'aime dans nous-c Que l'on ne peut goûter le plus chétif plaisir Si l'esprit ne descend jusques à s'étourdir, Comme ces condamnés aux lions de l'arène Qui , se versant entre eux l'ivresse à coupe plei Dans une délirante et bachique vapeur Du supplice prochain enveloppaient l'horreur , Ah ! l'on serait tenté de prendre l'existence Comme un présent reçu des mains de la vengeai Comme un manteau fatal jeté sur notre dos.

Et qui doit par degrés nous brûler jusqu'aux o Aussi, malgré la soif que tout a de la vie Et bien que du Seigneur la loi nous y convie , Plusieurs de nous , voyant qu'il y faut tant sou

Ont voulu de leurs mains encor la raccourcir. Ont bravé du trépas l'affreuse incertitude Plutôt que d'achever une ép*euve aussi rude , Ont répandu leurs jours confme un vin frelaté Qui fait trisper la face après qu'on Ta goûté ; Et, la vie et l'enfer jetés dans la balance , L'enfer leur a paru plus léger en souffrance.

LA LAMPB HB RBIT. fO»

C toi qui fus jadis le déplorable enjeu

Bu défi que Satan osa porter à Dieu ,

Qoi, oourbë sous le poids d*un injuste anathëme,

De ta plainte lugubre effrayas la mort même ,

Job , je te conçois , sinistre séraphin ,

Vouant ta nuit natale à des ombres sans fin ,

Et demandant au ciel si Thumaine misère

Était digne, après tout, d'enflammer sa colère ;

Sil était beau de voir le bras du Dieu vivant

Poursuivre un brin de paille emporté par le vent

Et je sens sur ma lèvre errer Tamèr sourire

D'une dérision gui n'a plus rien à dire ;

Et je passe soud^n du mépris à Teffroi ;

Et le poil se hérisse, et notre chair a froid ;

Et Ton va se tàtant dans ce néant immense ,

Gomme pour s'assurer si l'on a l'existence ;

Car l'esprit, parcourant l'espace ténébreux

Comme l'aiglon i. qui l'on a crevé les yeux ,

Neyoit, ne touche rien dans son vol solitaire,

S'épuise de fatigue et tombe sur la terre ,

Et s'assoupit enfin dans un de ces sommeils

Wus tristes que la mort, s'ils n'avaient leurs réveils.

Seigneur ( car l'âme, après toute folle fatigue,

f 10 LA LAMPB OB HUIT.

Retourne vers toa^euil comme Fenfant prodigue), On peut bien loin de toi conserver quelque espoir; Mais on ne trouve rien que de triste et de noir ; L*espritaltier derhomme abeau fouillerdansrhomn L'existence est, sans toi, le rêve d'un fantôme Qui sent , dès que son œil commence à s'assoupir, Sur son sein haletant le néant s'accroupir.

Qui ne te connaît point ne peut point se connattre , Et ce que tu délaisse a déjà cessé d'être.

Seul flambeau qui nous luit dans notre sombre exil Si tu ne nous restais , que nous resterait-il?

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