‹ PoésiesChapitre 28 sur 75 · A M/JULES CAN0N6E · texte numérisé non relu

A M/JULES CAN0N6E

Lorsque de toute part le ciel tourne & Torage, Ami, laisse, crois-moi, ta nacelle au rivage. As-tu, pour affronter Tassaut du flot amer, Fait quelque pacte avec je démon de la mer?

Ou bien, pour fopposer & l'esprit de l'abîme , L'ange vengeur art-il touché ton front sublime ^t dit à ton génie : a Au nom du Dieu vivant , « Chante dans la tempête, et va contre le vent ! » ^on, du moins jusqu'ici. Conmie la jeune ûUe Qui, seule, en réparant le lin de la famille ,

* H. Jules Canonge a publié en 1839 un volume de poésies <^otenant plusieurs pièces fugitives pleines de grâce, et un poème fort remarquable où Fauteur a peint les souffrances du Tasse. ~^— I« Taoê à Sorrentef dont prescpie tpus les jouriiaui français ont parlé avec éloge, a été traduit en italien par '6 comte Giuseppe Perticari, dont la traduction, où les beautés ^^ Toriginal ont été heureusement reproduites, a obtenu un 9^à succès en Italie.

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Exhale de sa voix Tinefibble douceur Et trompe ainsi Tamour qui tourmente son cœur. Dans ton calme printemps tu ne nous fis entendre Qu'un hymne tour à tour riant , naïf et tendre ; Chacun en f écoutant, doux rossignol des bois, Se fût fait un remords d*interrompre ta voix. Satisfait d^une gloire au modeste domaine , Tu sus n*y point laisser de place pour la haine ; On se sentait heureux i te voir triompher, Et nul en f embrassant n*eût voulu f étouffer. Tu n*as point vu Fenvie, impuissante couleuvre. Profiter de la nuit pour baver sur ton œuvrfe , Puis, d'un œil maladif, lorsque le jour se fait , La lire, et resplendir irendroit imparfait.

Ta muse, en habitant le fond de la vallée, Des orages d'en haut n*éta!t point accablée , Et du génie ardent ignorant les douleurs , Ne respirait que Tombre et le parfum des fleurs. Plaise & Dieu que jamaiston âme ne regrette Ces jours calmes et purs coulés dans ta retraite , Et ne dise anathème au fatal tourbillon Qui t'emporte aujourdTiuî vers un autre horizon !

Mais pourquoi f alarmer, jeune cygne que j'aime? Suis-je dans les secrets de la force suprême ? Dans la débile main d*an pfttre , d'un néant, Pieu quelquefois a mis la chute d'un géant , Et le gland que secoue et sème la tempête Est un chêne qui doit au ciel porter la tête.

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Quand tant de séraphins ont été condamnés.

Qui peut dire les fronts qui sont prédestinés? Et , pour remplir le vide aux célestes phalanges, Qui sait si Dieu n*a pas créé de nouveaux anges? Car, lorsque son courroux imX se justifier, On voit faillir le bronze et le granit plier. Et le frêle roseau devenir la colonne Où Jéhovah se plaît & reposer son trône.

Oh ! si tu sens en toi bouillonner ces accords Qui toujours malgré nous s*échappent au dehors, Qui sont ce qu*est Taimant pour la foudre qui gronde , Le but provocateur des colères du monde , Et qui font trembler, même en son contentement . Le poëte effmyé de son enfanteBiaat ; Si ton génie altier^ liarcelant la jaaatièce Où rame de nos jours se plonge tout Mtiève , Au déshonneur couvert de hautes d^ités Sait, à l>ràle-^aurpoint, dire des vérilés ; Si de Tor mrrttpteuf OkfSort pwr ton ^ilanoe Ton futur dénûment peut braver la puissance ; Si, méprisant la mort, tu crains de te salir. Si le sort'de Gilbert ne te fait point pâlir. Je ne te rel^s plus : ^tre dans la mêlée , Dût ta nmse en soitir 4e blessures criblée.

On ne peut dépouiller ce qui nous vient de Dieu. Pour te faire dbtenir le baptême de feu , Dans mon indignité, je t'offre Taccolade Et t'arme chevalier pour la sainte croisade*

Il CHATEAD DD Wmm.

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— Janvier ÎSU, —

Au pied d'une rougefttre et stérile colline Il est de vieux débris où ne croit que Tépine, Où rampe le serpent et rdde le vautour.

Jadis un p&tre enfant m*en raconta Thistoire Avec tant de candeur qu'il me força d'y croire. Et je viens, mon ami, vous la dire à mon tour.

Là vivait autrefois un châtelain avare Qui jamais à la faim pressante d'un Lazare D*une miette de pain ne daigna faire don.

Aussi nul frère eQ quête à sa porte maudite Ne venait demander le denier ou la pite Afin d'en secourir le serf dans Tabandon.

Par d'orageuses nuits , quand la longue veillée Éclairait les vitraux de l'ogive grillée.

Ll GHAnAC BU VENDIANT . 118

Si quelque pauvre, au loin , attiré par leur jour, Croyait y reposer sa course haletante , Bien ne venait répondre & sa voix suppliante , Hors les dogues affreux qui hurlaient dans la cour.

Un soir, il en vint un d'une sinistre allure : Sur son dos affaissé tombait sa chevelure Conune un torrent d*hiver du Mont-Blanc épanché ; Son front, chauve et creusé par la ride profonde , Semblait porter écrits tous les Ages du monde , Ainsi que le granit au bord du Nil couché.

« Châtelain , dit-il , ne soyez insensible ; « Ouvrez-moi : je suis vieux, et la nuit est terrible* « La forêt craque au loin sous le poids des glaçons ; « Le vent aigu du nord souffle avec violen ce ; « Le lac est engourdi dans un morne silence , « Et mon corps est crispé de funèbres frissons. »

tJne tonnante voix répondit : a A cette heure , a Qui donc ose troubler la paix de ma demeure? « Par un de mes varlets armé de son marteau , fx Si loin de ce manoir soudain tu ne chemines , fx Je vais faire clouer, vil oiseau de rapines , «[ Ton cadavre rogneux au portail du ch&tèau ! »

« — Pardonnez ! Ma prière est peut-être incivile ; a Mais , avant que d'atteindre aux portes de la ville , a Dans la neige vivant je m'ensevelirais , c Et je ne verrais plus ma famille chérie.

it« LK CHATBàU l»l> IU|l|IHAllTi

< Donnez-moi quelque coin dan^ votre bergerie, a Une loge de chien... — Non ; Ui lasaUraii \ »

Alors^le mendiant , en relevant la tête ,

Où de rire du ciel la flamme §e reflète :

a Tu me crois un vil gueux; mais je sui^grandseigneui

a Malgré tous tes refus , je deviendrai ton hôte*

a — ^ Toi seigneur ! . . . D'où te vient illusion si haute ?

a Quelesttonliefî— Laterre.— Ettonnom?-*-LeMaU

Et comme la chouette étend se$ sombrçs aites^ Afin d'en secouer de fotales nouvelles , Il déploie & deux mains son manteau de haUlons , Frappe d'un pied de fer la terre, qui fermente , S'ouvre et laisse échapper une horrible tourmente Qui l'entoure et l'emporte en de noirs tourbillons.

Et bientôt dû seigneur, dans la tour isolée , Sous l'étreinte d'un nain la flUe est violée, Le fils reçoit la mort en combat singulier, Et , par ce pays-Ù passant , la Jacquerie Fit des gens du manoir complète boucherie Et le bouleversa du donjon au cellier.

Et depuis, H'a^ct des restes du ravi^, De tout baron cruel a pâli le visage ; Et le temps n'use point ce qu'ils ont d'effrayant. Le chevreau se refuse à brouter ces décombres, Où le p&tre, la nuit, voit de sanglantes ombres. On les appelle encor Château du Mendiant.

ÏÏI SOm B'HIVSS.

À M. ÂLËXANDHE DUMAS

— Février !«».•«-

U est une pénible et sombre rtrerie ^ù Tàme se remplit de sentiments amers , ï-e soir, lorsqu'on entend Foiçue de Barbarie Géniir,par un temps froid^^ long des quais déserts ;

Quand , le pan du manteau jeté sur le visage , ^n va, l'esprit distrait par cet accord errant ; Qu'on voit à chaque coin , vous barrant le passage , ^u homme y chapeau bas, qui vous dit en pleurant :

« Si je n'avais chez moi que ma propre misère , ^ À des jours malheureux j'aurais déjà mis fin ; « Mais le ciel m'envoya des enfants, je suis père : ^ Donnez-moi quelques sous pour apaiser leur faim ! »

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