‹ PoésiesChapitre 57 sur 75 · CHAUT DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAUT DEUXIÈME

L'étranger, fomentant quelque guerre intestine « Aurait-il à la fin consommé ta ruine?

Raconte^moi xromment tant de gloire et de bruit Me sont plus maintenant que silence et que nuit. »

— « Reste pétrifié d'un antique incendie , fe croyais & jamais ma douleur refroidie.

Dans le fond du néant, qui me force à parler? Tout mon deuil d'autrefois va se renouveler.

Mais n'importe , pour toi je romprai le silence , ^r ton cœur k ma chute a compati d'avance« ^ n'est pas l'étranger qui m'a blessée au cœur : Et quel glaive du mien aurait été vainqueur?

Hélas 1 je n'avais rien à craindre que moi-même : 'e trouvai mon écueil dans ma splendeur suprême ; ^r Dieu mit, ô mon fils, pour tout peuple hautain, Jne grande misère auprès d'un grand destin.

Quelque brillant sommet que notre orgueil gravisse, le n'est que la hauteur de notre précipice ; )t , sur terre joué , le drame le plus beau 'oujours sur un cercueil fait tomber le rideau.

Gomme aux pieds de la croix je reçus la naissance , e fîis presque virile aux jours de mon enfance :

42 LE DEENIfiR JODK.

De mes dissensions je supportai Fassaut, rétouffai les serpents jetés sur mon berceau, Et, si quelque revers courbait ma tête altière, Je redoublais de force en touchant la poussière. Images de mon Dieu , citoyens et pouvoir Faisaient du sacrifice un sublime devoir ; Et, comme tout se sauve alors que tout s'immole, La joie 4 tous les fronts mettait ison auréole. Mais ce bonheur reçut un coupable dédain.

Et je devins semblable à Fexilé d'Éden :

Je voulus isavourer le fruit d'une science.

Mystérieux objet d'une sainte défense ; Et le bien et le mal à moi viennent s'offrir. Mais l'un dans mon passé , Tautre en mon avenir; Mon regard consterné vit à nu ma souffrance : Je comptais des Français, mais je n'eus plus de France. Le lien social fut dissous par la loi ; L'évangile nouveau disait : Chacun pour soi.

L'égoïsme étala ses nudités infimes ; L'ignoble soif de l'or brûla toutes les âmes : Afin d'en acquérir, tout se mit à l'encan.

Le temple , le forum , le parnasse , le camp ; Le prêtre , partageant l'avidité commune , Dans les trésors divins ne vit plus la fortune ; Le tribun, complaisant des peuples ou des rois. Fit des lois pour de l'or , de l'or avec des lois ; Frappant son bouclier, le soldat en délire Criait sur mes remparts : A qui veut de l'empire?

CMAMT DEUXI&ME. 45

6 , exerçant un trafic odieux , ; ce qui n'avait de prix que dans les oieax ; ses, au bazar esclaves étalées, îuins des puissants se voyaient immolées , ;tant en oubli leur sainte mission , t , au jour le jour , de prostitution ; langer en vertus les vices de leur maître ^ ^age nouveau ne tarda pas à naître :

s sont retournés en un sens infernal , û fut le bien , et le bien fut le mal i ire d'autrui n'est plus une misère ; ité du Christ s'effaça de la terre :

re la remplace un barème à la main , )te avec les maux du triste genre humain ; lin, rebuté du seuil de ses hospices, et de l'égout grossit les immondices ; ice , poussée à ses derniers degrés, paobles calculs sur cet horrible engrais ; /*

ine du faiKe érigée en pratiques iser dans mes lois les ténèbres antiques, mon pauvre peuple exténué de faim :nit : on fiit sourd. Les armes à la main ide assistance : et le canon qui tonne ivec la mort le refus de l'aumône, rruptions le terrilrfe appareil aait ma faiblesse avide de sommeil :

voyageur que la fatigue accable , ant dans la nuit la voie imoraticable ,

Le front appesanti , se réveille en sursauts Au bruit que son coursier souf&e de ses naseaux; T&tonnant de la main au sein de Toml^re humide, Pour la l&cber encore , il ressaisit la bride ; Et, sur le précipice ouvert pour Tabîmer , Il ne rouvre les yeux que pour les refermer.

Cependant on p&lit en voyant ma ruine ; Mais , loin de retourner à la source divine , Tout en reconnaissant qu'on s'était fourvoyé , Chacun se regarda comme un Christ envoyé :

De Tantique Babel je fus bientôt Temblème ; Le moindre moucheron bourdonna son système.

Chacun de mes enfants , désastreux médecin , Accabla ma langueur d'un dictame assassin.

Mais aucun ne venait, dans sa douleur amëre , Se pencher sur ma couche et me dire r Ma mère !

Je ihe fusse levée au cri de leur amour.

Maïs tout cœur resta froid et j'eus mon dernier jour — *

Mes yeux, à ce récit, de larmes se mouillèrent, Et , tombant à ses pieds que mes lèvres baisèrent ^ « Déplorable patrie , ô toi î que j'aime encor « Jusqu'en l'état àe spectre où te retient la mort! « Que triste et lamentable est ton heure dernière !

« Oh! si ton fils pouvait consoler ta misère

(( Mais il faut te quitter» hélas ! et mes adieux '

&; et, Don

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avent pas te dire : Au revoir dans les cîeux 1 3ô nous a pas faits de la même nature, n cœur sent un deuil qui n'a pas de mesure. » Bt, de sa main me dérobant ses pleurs»

B d'un pas lugubre alla joindre ses sœurs ; leur essaim vague elle s'était perdue, n œil la cherchait encor dans rétendue.

NOTES

BU OUAMT BSUZiàKX.

NOTE I'*

Gomme au pied de la croix Je reçus la naissance.

(Page4it ▼en 21.)

S'il est une nation, en Europe, fille du chistianisme, c: bien à coup sûr la France. Toute l'histoire dépose de la yé de cette assertion; il serait inutile d'en produire ici la preur ^

NOTE IL

Images de mon Dieu, citoyens et pouvoir Faisaient du sacrifice un sublime devoir.

( Page ^2, yen 5 et 6.)

Toute la société repose sur le sacrifice, et voilà pourquoi ^ Christ s'oinre à nous comme le plus beau type social; voilà poa^ quoi, dans les sociétés chrétiennes, les emplois prirent le noc:^ de charges. Aujourd'hui nous avons celui de sinécure : il y (les mots qui marquent toute une situation.

4(aB^»15 sss

ARaUMBNT.

ée an ciel. — Description de son premier aspect. Chants des élus.

ne je laissai plongé dans son ennui igné du doigt et j'accourus à lui.

3 tu sois , lui dis-je , ou bon ou mauvais ange , ■moi le but de ce voyage étrange ; me présenter au premier jugement?

6jà passé par le froid monument?

ipette du ciel s'èst-elle fait entendre?

nbeau maintenant est*il veuf de sa cendre ?

rts de tous les temps ont-ils eu leur réveil ? s-tu pris vivant dans les bras du sommeil ?

1 mon souvenir cherche i se reconnaître , que j'aperçois bouleverse mon être ; )rit , torturé par un doute cruel , 3utant Tenfer n'ose espérer le ciel

!M) LE DEBIflER JOUR.

Hais mon ange s'obstine à garder le silence Et vers un autre monde impétueux s'élance , En secouant sur moi ses ailes. Et dèslors Je ne me sentis plus la pesanteur des corps; Ma volonté suffit pour franchir la distance Sans que Taile ou le pied prêtent leur as3istance. Je le suivis; et, dans l'espace d'un désir, Je vis en diamants sept portes resplendir ; Un ange éblouissant y faisait sentinelle ; L'éclair comme une épée en sa main étincelle; Une des portes s'ouvre , et nous voilà flottants A travers le fluide inaccessible au temps.

Mais comment raconter dans la langue mortelle Tout ce qui délecta mon avide prunelle ?

Il me faudrait avoir ce verbe des esprits Dont le nôtre n'est plus qu'un malheureux débris Qui demeure muet alors que la matière Refuse de l'aider d'une image grossière , Langage issu de Dieu , qu'Adam savait si bien Avant que le serpent y pût mêler le sien ; Mais, hélas! dégradé jusqu'en notre idiome, Homme , je parlerai le langage de l'homme.

Des bof s , des fleurs , des fruits , des horizons , des cieax Dont les teintes jamais n'avaient frappé mes yeux,

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